Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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LE FLÉAU : UN BATON ARTICULÉ
Categories: Bâton comme outil

Le fléau est un instrument qui sert à battre les grains, c’est-à-dire à frapper les gerbes pour détacher les grains de blé et autres céréales des tiges et des épis.
Le mot dérive du latin « flagellum », qui signifie « fouet ».
Le fléau est composé de deux bâtons attachés l’un à l’autre par un lien solide, en cuir ou en nerf de boeuf. Il s’agit donc, en quelque sorte, d’un bâton articulé.
L’opération du battage au fléau est attestée depuis l’Antiquité. Elle est évoquée dans la Bible. Dans nos campagnes, elle donnait lieu à l’embauche d’ouvriers en même temps, bien souvent, qu’à des réjouissances une fois le travail achevé. L’opération était épuisante et s’effectuait dans une atmosphère saturée de poussière, surtout lorsqu’elle avait lieu dans une grange fermée. En général, c’était sur une aire en terre soigneusement battue, au dehors, afin que le vent dissipe la poussière. Les batteurs au fléau, qui étaient deux ou trois, devaient frapper en cadence.
En Roussillon, on appellait le fléau « flagell ». Le manche était de préférence en micocoulier et le bâton servant à battre (la « vergella ») était en olivier sauvage, donc, l’un et l’autre, dans des bois durs qui ne risquaient pas de se briser. (voir le site jtosti.com / musée / moisson).
Dans le Finistère, au musée de Saint-Renan, on peut voir plusieurs spécimens de fléaux. Le site www.hermine.radieuse.net (pages études et reconstitutions) en montre des photographies ainsi que des représentations issues d’enluminures médiévales. Les auteurs de l’article sur le battage, Christophe Colivet et Garin Trousseboeuf, font remarquer que, contrairement à d’autres régions, les fléaux finistériens comportaient un manche court et un bâton frappeur long. Certaines représentations différencient les deux éléments : le manche était en bois lisse et le « gourdin » en bois noueux.
Dès les années 1840, le battage au fléau a fait l’objet de critiques de la part des agronomes soucieux de rentabilité et d’hygiène. Ils ont fait observer qu’il était coûteux (il fallait recruter plusieurs batteurs), très pénible, dangereux pour la santé (à cause des poussières). Il pouvait être source d’incendies. Il fallait toujours surveiller les batteurs afin qu’ils ne relâchent pas leur cadence. Et surtout, il était moyennement efficace puisqu’il demeurait toujours 20 % de grains attachés aux épis. Ils préconisaient le battage mécanique.
Les premières machines à battre (les batteuses) ont été imaginées autour des années 1830 mais se sont répandues lentement. Elles étaient mues par la vapeur. Elles n’ont définitivement supplanté le battage au fléau, dans certaines régions de France, qu’entre les deux guerres.
La gravure illustrant cet article est extraite du Magasin pittoresque de novembre 1859, p. 354.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

NB/ concernant le micocoulier je voudrais ajouter qu’on retrouve cet arbre, particulièrement dans le sud de la France. Dans le petit village de Sorède (près de Perpignan), on le cultive depuis le 13ème siècle ! La Fabrique de fouets « Les Micocouliers » est spécialisée dans ce domaine et je vous invite à y jeter un petit coup d’oeil ici.

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1 Comment to “LE FLÉAU : UN BATON ARTICULÉ”

  1. AGNOUIX dit :

    Concours de battage au fléau
    Depuis la nuit des temps et jusqu’au milieu du XXème siècle nos anciens savaient assembler un long bâton avec un autre plus court pour obtenir un outil rustique mais performant afin de battre leurs quelques gerbes de seigle.
    Le manche d’environ 1,80 m de long , en chêne ou en châtaignier , de 5 cm de diamètre était parfaitement rectiligne . La verge ou batte , d’un bois dur, hêtre , néflier ou frêne mesurait 80 cm. Elle portait à son extrémité un nœud de bois qui ne devait présenter aucune aspérité.
    Manche et verge étaient reliés par un dispositif ingénieux à base de nerf de bœuf ou de peau d’anguille.
    D’un mouvement ample et précis, le batteur relevait le manche au-dessus de sa tête et faisait tourner la verge , comme le faisait un charretier avec son fouet, avant de l’abattre sur l’aire en allongeant obliquement le bras de façon qu’elle retombe à peu près horizontalement sur la gerbe de blé. Il était important que la lanière qui fixait la verge au manche soit suffisamment souple pour permettre un tournoiement sans contrainte.
    Les équipes étaient constituées de trois ou de quatre personnes, chaque équipier prenant soin de ne pas gêner son voisin. Mais les batteurs aguerris connaissaient leur place et il n’était nullement besoin d’en discuter. Les fléaux ne battaient jamais en même temps, mais alternativement et en mesure, à un rythme régulier qui ne variait pas : « tao … tao…tao » pour trois ; « tao – tao…tao—tao » pour quatre !
    Ces gestes qui nous étaient familiers il y a un peu moins d’un siècle, vous les retrouverez sur la scène de la clairière du Puy-Grand de Chamboulive, le dimanche 5 août, tout le long de l’après – midi . Jean-Marie Mas, Rémy Porte et Lucien Peuch qui maîtrisent encore parfaitement cette technique de battage qui fait partie de notre patrimoine se feront un plaisir de vous y initier afin que vous puissiez alors vous exercer et concourir dans des conditions optima

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