Le Kirri et le Rackum, bâtons des Hottentots

2010
02.07

Bâton Hottentot Mag Pitt juillet 1859

Un précédent article nous a montré le bâton d’un devin zoulou. C’était un bâton droit, sans autre fonction que d’exprimer l’autorité spirituelle. Il n’en était pas de même du bâton-massue des guerriers du Cap, décrits sous le nom de Koras, et appartenant à l’ethnie des Hottentots.

La revue Le Magasin pittoresque de juillet 1859 a consacré un long reportage à ce peuple, d’après les observations et dessins de l’anglais Burchell (1781-1863). La gravure qui l’accompagne nous montre un Kora enturbanné, porteur de sa zagaie, de son poignard et « de son kirri ou bâton-massue ».

On peut se demander si le dessinateur a bien respecté son modèle car le kirri n’est pas décrit comme un bâton-massue par les auteurs antérieurs. Celui qui a laissé des lignes très intéressantes à ce sujet est Peter KOLBE dont les observations ont été publiées en 1741 sous le titre de « Description du Cap de Bonne Espérance » (consultable en version numérisée sur www.books.google.fr

Voici ce passage stupéfiant sur l’art de se servir du kirri et d’un autre bâton, le rackum.
« Les armes dont ils se servent ordinairement sont le bâton qu’ils appellent Rackum ; un autre qu’ils appellent Kirri (…) Ces deux bâtons sont faits l’un et l’autre de bois d’olivier ou de bois de fer. Le Kirri a environ trois pieds de long et un pouce de diamètre. Le Rackum est de la même épaisseur, mais il n’a guère au-delà d’un pied de long. Il y a un des bouts pointu. C’est une espèce de dard, qu’ils lancent à une distance considérable sans presque jamais donner à faux. Le Kirri a les deux bouts émoussés et son usage est pour parer les flèches, hassagayes, Rackums et tout ce que l’ennemi leur décoche. (…)
Les deux bâtons, le Kirri et le Rackum, et les pierres, sont leurs armes ordinaires. Le combat commence par de grands cris et aussitôt on voit tomber sur les deux armées une grèle de Rackums. Dès que ces bâtons sont employés, ils se jettent sur les pierres, dont ils ont fait auparavant de grands amas. (…) J’avoue même que si je n’eusse été témoin oculaire de la dextérité et de la promptitude des Hottentots à parer avec leurs seuls Kirris les hassagayes, les Rackums et les pierres qui leur tombent sur le corps, je n’aurais jamais pu en croire le témoignage d’un autre.
Dès qu’un Hottentot voit voler à lui quelque chose, il se tient si bien en garde avec son Kirri, et le manie avec tant de justesse, que rarement il est frappé, au moins dans un combat d’exercice. Ils se servent du même bâton pour parer les coups qu’on leur tire de loin et ceux qu’on leur porte de près ; et en tout cela, ils font paraître une adresse qui surprendrait le plus habile manieur d’espadon. »

Merci à Laurent Bastard pour cette extraordinaire trouvaille ! :)

On peut ajouter que l’art du lancer se retrouver dans certains arts martiaux et notamment au Japon, dans le shuriken-jutsu (utilisé par les ninjas). Les shuriken peuvent avoir plusieurs formes…je pense au Bo shurikent, sortes de grands stylos en bois (qu’on lance comme des couteaux…). Rackums et Bo Shuriken…même techniques ??

Frédéric Morin

Les multiples usages du bâton scout

2010
02.07

On n’imagine pas un scout sans son bâton. C’est pourquoi une page entière et des illustrations (p. 147-149) lui sont consacrées dans le Manuel de l’Eclaireur, édité en 1941 par les Eclaireurs unionistes de France (qui est l’un des mouvements du scoutisme, d’origine protestante, fondé en 1911).
Voici ces lignes intéressantes, car elles démontrent que loin d’être un simple objet utilitaire, le bâton scout revêt une valeur emblématique à travers deux types : le bâton personnel et le bâton technique :

LE BATON SCOUT

Notre bâton, comme notre chapeau, nous distingue des sociétés de sport ou de camping.
Chacun doit posséder son « bâton personnel », proportionné à sa taille (hauteur de l’épaule), garni, colorié, sculpté, sur lequel toute notre histoire scoute peut être racontée. La vraie tradition exige que l’éclaireur le coupe et le taille lui-même. S’il est impropre aux constructions, il reste par contre le compagnon indispensable à notre activité de « coureur des bois ».

Indépendamment de notre « bâton personnel », nous utilisons pour nos constructions des « bâtons techniques ». ils auront 0,02 de diamètre, 1,80 m de longueur, seront en châtaignier, non vernis, garnis de leur traditionnelle ferrure. Ils seront râpés aux extrémités, les brélages tenant mieux sur les bâtons ainsi préparés. Ils feront partie du matériel de patrouille ou de troupe au même titre que les tentes.

A défaut de « bâtons techniques », nous demanderons les autorisations nécessaires pour couper des perches de noisetier ou de frêne, ayant les dimensions que nous venons de donner.
Le bâton est utilisé constamment : dans la marche, au camp, pour le secourisme, pour la gymnastique, pour les estimations, pour le service d’ordre, pour…le confort.
On trouvera dans ce manuel, en dehors des planches ci-après, de nombreux exemples de son utilisation.

Les dessins des deux planches qui suivent sont ainsi légendées :


Passer un mur. Freiner une descente. Sauvetage. Tracer une circonférence. Une place de plus dans le train ! Service d’ordre. Marcher la nuit sans se perdre. S’asseoir. Faire des jeux. Porter des fardeaux.

Deux remarques encore : le mot « brélage » désigne une technique d’assemblage des bois à l’aide de cordes. Par ailleurs, on remarquera parmi les illustrations celle où l’on voit deux scouts choquant leur bâton, les yeux bandés. Quelqu’un peut-il nous éclairer (c’est le cas de le dire !) sur ce jeu de bâton ? Personnellement, je la déconseille aux virtuoses de l’ASCA…

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci Laurent :)

Bon, je me permets de répondre concernant le fait de se bander les yeux : sur la gravure, on voit des fentes au niveau des yeux (c’est un peu de la triche ça …hum). De plus, le bâton est tenu comme une crosse de hockey, vers le sol, afin d’éviter les coups dangereux (sauf éventuellement en jambe), enfin, le fait de travailler les yeux bandés (même partiellement), permet de se concentrer sur la place du corps dans l’espace. Je pense à une série d’exercices que nous faisons, en club, ou lors de stage, appelé Zatoichi (en hommage au héro japonais), exercices où l’on travaille « à l’aveugle »…mais effectivement, c’est assez délicat :)

Frédéric Morin

Le bâton du Grand Maréchal de Saint-Jean-de-Jerusalem

2010
02.07

L’ordre des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, ou des Hospitaliers puis chevaliers de Malte, fondé en 1080, assurait la protection des chrétiens en Méditerranée. Etablis à Jérusalem, puis Chypre et enfin Malte, ils en furent expulsés en 1798 par Bonaparte, avant de se dissoudre. Les chevaliers de Malte étaient issus de l’aristocratie et constituaient un ordre militaire et religieux à la fois. Leurs responsables étaient issus de diverses nations de la chrétienté.

La dignité de grand maréchal était toujours dévolu à un prince d’Auvergne, qui commandait militairement à tous les religieux, sauf quelques exceptions.

La gravure, extraite du Magasin pittoresque de décembre 1839, p. 393, nous le montre, au XVIIIe siècle, tenant un long bâton, insigne de sa fonction de maréchal.

Bâton de maréchal de l'ordre de Malte

Mais sur des images plus anciennes, ce bâton est de dimensions plus modestes, comme les bâtons de maréchaux contemporains. C’est ainsi qu’une miniature de 1480, de Guillaume Caourcin, nous permet d’assister à une cérémonie tenue à Rhodes, au cours de laquelle le grand maréchal, Pierre d’Aubusson, pose son bâton sur l’épaule d’un charpentier accompagné d’autres compagnons de ce métier et de tailleurs de pierre.

Bâton de maréchal de l'ordre de Malte

Ce document a souvent été interprêté comme accréditant l’existence des liens entre les compagnons du Devoir et les ordres militaires.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Le bâton contre les serpents des courriers de l’Inde

2010
02.07

Bâton à sonnettes hindou

Si l’on en croit le Magasin pittoresque en son numéro 48 de novembre 1839, les courriers et porteurs de lettres en Inde « renferment leurs dépêches dans une petite boîte de fer blanc ou de bois qu’ils placent sur leur tête. Ils courent sans cesse et peuvent faire environ trente milles en douze heures. (…) Leur main gauche soutient un bâton terminé à une de ses extrémités par un anneau auquel sont suspendues de petites plaques de fer. Le bruit qu’elles font en frappant les unes contre les autres suffit pour éloigner les serpents si communs dans l’Inde. » L’article ne précise pas s’il s’agit de…serpents à sonnettes !

Article écrit par Laurent Bastard. Tss, tsss Merci :)

Le bâton du fils prodigue par Jérôme Bosch (1502)

2010
02.07

Le peintre hollandais Hieronymus (Jérôme) Bosch (vers 1453-1516) est l’auteur de deux tableaux similaires peints sur bois. On les connaît sous le nom du « Vagabond » ou du « Fils prodigue ». Ce dernier titre fait référence à la parabole de l’Evangile, qui évoque la joie du père de voir revenir au foyer l’un de ses fils, malgré son infortune.

Bâton de Bosch

Sur un premier tableau, que l’on situe entre 1490 et 1505, on voit le vagabond portant un sac en osier sur le dos et vêtu de pauvres hardes, qui s’écarte d’un lupanar. Il tient à la main un long bâton qu’il laisse traîner sur le sol. Ce tableau est conservé au Museum Boijmans von Beuningen, à Rotterdam.

Bâton de Bosch

Sur le triptyque dit du « Char de foin », peint en 1502, c’est le panneau de gauche qui représente presque le même personnage, mais cette fois-ci dans un décor de campagne, avec à l’arrière-plan, une scène où l’on distingue deux soudards en train de détrousser leur victime. On interprète l’oeuvre comme une représentation des périls semés sur le chemin de la vie. Ce tableau est exposé au musée du Prado, à Madrid.

Ce qui frappe dans ces deux oeuvres, ce sont les longs bâtons tenus par le personnage. Leur partie inférieure est renflée et donc lourde comme une sorte de massue, ce qui rend leur port difficile. Ceci expliquerait que le vagabond laisse traîner ce type de bâton qui apparaît autant comme un bâton de marche qu’un bâton défensif. D’ailleurs, sur les deux tableaux, un chien rôde derrière lui. Mais il n’est pas exclu que Bosch, dont l’oeuvre est semée de symboles, ait voulu exprimer par ce renversement du bâton, qu’il serait plus commode de porter pomme en main, le dérèglement du vagabond qui fait tout à l’envers en suivant le « mauvais chemin ».

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Le bâton de marche du peintre Courbet (1854)

2010
02.07

Bâton de Courbet

L’un des plus célèbres tableaux du peintre Gustave Courbet (1819-1877) s’intitule « Bonjour Monsieur Courbet » ou « La rencontre ». On voit le peintre Courbet, sac à dos et bâton de marche en main, s’avancer à la rencontre de son mécène, Alfred Bruyas, grand collectionneur montpelliérain.

Derrière lui se tient son serviteur, tête baissée en signe d’humilité devant l’artiste. On remarquera que Bruyas et son serviteur portent des cannes de ville de petites dimensions et à gros pommeau (visible sur celle du serviteur), alors que le peintre, sobrement vêtu comme un chemineau, tient un haut bâton de marche à bout effilé. Les commentateurs insistent sur le contraste entre le peintre, modeste dans ses vêtements mais glorieux par son art, et le mécène, riche par sa vêture et son serviteur, qui n’en accueille pas moins le peintre avec respect : l’art prime sur la fortune !
Cette oeuvre est visible au musée Fabre de Montpellier et provient de la collection Bruyas.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Saint Florian martyrisé à coups de bâton (1516-1525)

2010
02.07

Martyre de Saint Florian

C’est au peintre et graveur allemand Albrecht ALTDORFER (vers 1480-1538) que l’on doit les sept panneaux de bois peints à l’huile et représentant le martyre de saint Florian.

Saint Florian était un officier romain qui commandait en Bavière au IVe siècle, sous l’empereur Dioclétien. Il était chrétien et refusa de sacrifier à une divinité païenne. Il fut violemment battu, torturé et enfin, on lui attacha une meule de moulin au cou avant de le précipiter dans l’Enns, à Lorsch. Il se fête le 4 mai.
L’un des panneaux représente une scène de son martyre durant lequel trois bourreaux le rouent à coups de bâton alors qu’il est à terre.
Le tableau (81 cm x 66,5 cm) est conservé à la Galerie nationale de Prague.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Le musicien Lully meurt d’un coup de canne en 1687

2010
02.07

Canne de Lully

Les talents de Jean-Baptiste Lully (1632-1687) furent vite reconnus et il devint l’un des plus célèbres compositeurs du temps de Louis XIV. Il créa de nombreux opéras, collabora avec Molière et bénéficia, tant par ses brillantes créations que par ses talents de courtisan, à conquérir la pleine estime du roi.

Mais Lully était d’un caractère emporté. Lors d’une répétition du Te Deum qu’il devait faire jouer pour la guérison du roi, il se servait pour battre la mesure d’un « bâton de direction », lourde canne à gros pommeau ornée de rubans, dont il frappait le sol (c’était l’ancêtre de la baguette du chef d’orchestre). Or, n’arrivant pas à obtenir des musiciens ce qu’il voulait, il se frappa violemment un orteil au lieu du sol. La blessure s’infecta, la gangrène gagna la jambe puis le corps entier et Lully mourut le 22 mars 1687.
Source : Encyclopédie Wikipédia. Illustration : buste de Lully en bronze, par Collignon, visible à Paris, église Notre-Dame-des-Victoires ; cliché Giraudon / Encyclopédie Alpha.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Pour ceux qui ne connaissent pas le Te Deum de Lully :

FM :)

En colère, Louis XIV jette sa canne par la fenêtre !

2010
02.07

Canne de Louis XIV

Alfred FRANKLIN, dans l’entrée qu’il consacre aux marchands de cannes, dans son « Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le XIIIe siècle » (1905-1906), rapporte que :
« La canne ordinaire du Louis XIII était en bois d’ébène et surmontée d’une pomme d’ivoire. Celle de Louis XIV présentait une grande richesse, disent ses historiens. Parfois aussi, elle était de roseau puisqu’il en cassa une de ce genre sur le dos d’un valet. Dans une autre circonstance, comme Lauzun brisait son épée en lui déclarant qu’il ne voulait pas servir un roi sans foi, Louis XIV, transporté de colère, ouvrit la fenêtre et jeta sa canne dehors pour éviter de frapper un gentilhomme, « faisant peut-être dans ce moment la plus belle action de sa vie », dit Saint-Simon. »
Franklin renvoie, pour ces deux anecdotes, aux Mémoires du duc de Saint-Simon, tome I et tome XIX.
Ajoutons qu’il existe au Louvre un célèbre portrait de Louis XIV, en costume de sacre, bras tendu sur sa canne, peint en 1701 par Hyacinthe Rigaud.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Du bon usage du bâton et de la baguette pour la magie

2010
02.07

Baguette magique

Il n’est pas de sorcier ni de magicien sans son bâton ou sa baguette magique. A la fin du XIXe siècle, le médecin Gérard ENCAUSSE, dit PAPUS (1865-1916), fut la personnalité la plus importante du courant « occultiste ». Membre de multiples sociétés ésotériques de la Belle Epoque, il écrivit de nombreux ouvrages sur la magie, les arts divinatoires, les sciences occultes, l’astrologie, etc. Dans son volumineux « Traité élémentaire de magie pratique » (1893) , revu et augmenté en 1924 par Paul Chacornac, Papus consacre plusieurs lignes (p. 204) à « La baguette magique ».

« Pour indiquer et pour diriger la projection de sa volonté, le magiste possède un instrument formé de bois et de fer magnétique qu’on appelle le bâton ou baguette magique.
Cette baguette n’a d’autre but que de condenser une grande quantité de fluide émané de l’opérateur ou des substances disposées par lui à cet effet, et de diriger la projection de ce fluide sur un point déterminé. C’est le soutien de la force astrale condensée par l’opérateur autour de lui, et cet instrument facilite beaucoup les expériences.
Mais par lui-même il n’a aucun pouvoir mystérieux et ne subit que les réactions des forces physiques ; aussi les gens qui se figurent qu’il suffit de posséder une baguette magique pour opérer des phénomènes magiques sont semblables aux ignorants qui croient qu’il suffit de se procurer une belle flûte pour en jouer… Il faut avant tout savoir se servir de l’instrument de musique et un bon musicien saura vous ravir avec une flûte de deux sous. De même un opérateur expert pourra prendre comme soutien fluidique n’importe quelle baguette formée d’une substance isolante ; car c’est là tout le secret. »
Sans croire pour leur part à la projection de leur fluide, les magiciens de scène et les prestidigitateurs emploient aussi une baguette magique, qui capte l’attention des spectateurs, comme le montre cette gravure extraite de la « Magie blanche en famille », article du journal L’Ouvrier du 20 mai 1893.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci ;)