Cithare sur bâton

2010
08.11

Le bâton sert parfois à faire de la musique. Dès le IIème siècel avant J.C., on trouve des sculture représentant la Vîna (anglais : veena, hindî : वीण, tamoul : வீணை).

Il s’agit d’une cithare sur bâton avec deux résonateurs, appelée vînâ ou bîn et que l’on retrouve en Inde.

Wikipédia nous précise que  » elle s’est développée par l’ajout de matériaux et de cordes pour donner naissance à la rudra vînâ de l’Inde du Nord au XVIe siècle, instrument de cour de la musique hindoustanie. Celle-ci a ensuite engendré la vichitra vînâ en enlevant les frettes et la toute récente mohan vînâ. »

Ce qui est intéressant c’est que l’on retrouve le bâton en Afrique.

Vous pourrez lire un article trés intéressant à propos du « cordophone » sur le site http://africamusica4.skynetblogs.be

En voici un court extrait : « L’instrument est formé d’un bâton ou d’une barre (porte cordes), surmonté d’une ou deux cordes, pourvu d’un résonateur externe en calebasse évidée et tronquée attaché à la partie inférieure du porte cordes.

Ce genre de cithare se retrouve essentiellement en R. D. du Congo, au Rwanda, au Burundi et en Tanzanie. Importée en Afrique de l’est via Madagascar, l’origine indienne de cet instrument est probable; cette cithare, en effet semble une réplique de la « vinâ » sous sa forme la plus primitive.

Cet instrument est généralement joué en soliste et accompagne généralement les chants. L’exécutant, assis ou debout, tient le « bâton », transversalement de manière à ce que l’ouverture de la calebasse s’applique contre sa poitrine; le chevillier est légèrement incliné vers le sol. »

FM

Le Jardin Extraordinaire et la canne de bambou

2010
07.29

Angoulême est le haut lieu de la bd, ça on le savait déjà.

Par contre, quelle superbe surprise de découvrir au travers de promenade dans la ville ces murs peints, véritables oeuvres d’art à chaque coin de rue. Signées Yslaire, Zep ou Moebius… elles placent la bande dessinée et l’image au coeur de la ville.

Je vous propose de découvrir « Le Jardin Extraordinaire » – Les bambous y tiennent une place qui mérite d’être souligné sur ce site non ?

Dessinateur : Florence Cestac
Lieu : 24 bis, rue Pierre Sémard
Année : 2001 – Taille : 150 m²

FM

A TOURS, LES CANNES DE COMPAGNONS ONT PIGNON SUR RUE

2010
07.29

Sur l’une des façade du restaurant « Aux Compagnons gourmets », rue de la Grosse-Tour, à Tours (Indre-et-Loire), on peut voir un bandeau sculpté et y lire « Les Compagnons du Tour de France ».

Le lieu est le siège de la Fédération Compagnonnique des Métiers du Bâtiment ; dès 1820 au moins, il fut occupé par la Mère des compagnons boulangers du Devoir puis il est resté un siège de compagnons jusqu’à nos jours.

Le bandeau sculpté honore les compagnons par deux cannes placées à gauche et à droite. Finement sculptées, on y remarque le pommeau à pans, la cordelière, l’embout. Elles accompagnent trois écus qui sont les blasons supposés des trois fondateurs légendaires du Compagnonnage : Maître Jacques, le roi Salomon et le Père Soubise.

Cette sculpture a été exécutée dans les années 1980 par le compagnon plâtrier et sculpteur Raymond Debenais dit « La Clef des Coeurs de Tours », aujourd’hui décédé, qui oeuvra aussi sur de nombreux monuments historiques de la région.

Merci à Laurent Bastard !

LE BATON DU VIEILLARD, PAR BRESSIER (1837)

2010
07.29

Voici encore un beau poème dédié au bâton, celui qui accompagna un homme toute sa vie et qui lui sert d’appui, une fois la vieillesse venue. Son auteur est un poète aujourd’hui bien oublié : André Clément Victorin BRESSIER (1766-1849), qui le publia dans son recueil intitulé « Fables et poésies diverses » (Hachette, 1837), consultable en ligne sur le site Gallica. Le bâton y est successivement un jouet, un instrument de marche, une arme de défense et l’appui du vieillard.

« LE BATON DU VIEILLARD.

Le doyen du hameau, vénéré patriarche,
Assis sur une pierre, et d’un oeil attendri,
Regardant le bâton qui soutenait sa marche,
Disait « Vieux serviteur, je t’ai toujours chéri ;
Mon père (il m’en souvient) dans la forêt prochaine,
Quinze lustres passés, te coupa sur un chêne ;
Tu devins d’abord mon coursier ;
Ardent comme on l’est à cet âge,
Sur toi je chevauchais, apprenti cavalier,
Et galopais dans le village.
Puis guidant de marmots un joyeux peloton,
J’apprenais la manoeuvre à la troupe novice ;
Pour faire et commander tour à tour l’exercice,
Tu me servais de mousqueton.
Plus tard je te portais dans nos courses lointaines,
Au milieu des déserts et des immenses plaines
Je marchais seul et sans effroi ;
Habile à te brandir, j’ai vu fuir devant moi,
Et le loup, terreur des campagnes,
Et le chien hydrophobe, et l’ours de nos montagnes.
Si le brigand farouche, à l’oeil étincelant,
M’assaillait à l’écart, sa rage était déçue ;
Dans mes terribles mains tu devenais massue,
Il était à mes pieds renversé tout sanglant.
Ils sont passés ces jours de plaisir et de gloire,
Et j’en conserve à peine une faible mémoire ;
Ardeur, force, légereté,
J’ai vu tout disparaître, et toi seul m’est resté.
Tu me tiens lieu de tout, ô compagnon fidèle !
Tu prêtes ton secours à mon corps qui chancelle,
Ebranlé par la main du temps ;
Tu servais ma vigueur, tu soutiens ma faiblesse
Dans le jouet de mon printemps. »

Poème retranscrit par Laurent Bastard. Merci.

LA GYMNASTIQUE SCOLAIRE FEMININE AU BATON (1885)

2010
07.29

Le bâton était très utilisé au XIXe siècle pour les exercices de gymnastique scolaire.

Le « Manuel de gymnastique à l’usage des écoles primaires et secondaires de filles et des écoles normales primaires d’institutrices » publié chez Hachette en 1885 sous l’égide du Ministère de l’Instruction publique, ne consacre pas moins de 26 pages à l’article « Bâton », inclus dans la partie « Gymnastique avec appareils ».
On verra dans l’extrait qui suit qu’il est question de la « barre à sphères ». Le Littré la définit comme un « bâton de 1, 15 m de longueur ayant à chaque bout une boule de 12 centimètres de diamètre, avec lequel on fait des évolutions au-dessus de la tête et derrière le dos, pour fortifier les épaules et faire tenir droit. » Quant au site halterophilie.skyrock.com, il nous apprend que c’est l’athlète Hippolyte TRIAT (1812-1881) qui a répandu l’usage de la barre à sphères en gymnastique.

Voici donc le début de l’article 2 : BATON.

« Les exercices du bâton ou de la barre à sphères ont surtout pour effet de donner aux articulations de l’épaule la souplesse et l’étendue convenables et par suite de favoriser l’élargissement de la cage thoracique dans sa partie supérieure. Il est nécessaire de s’assurer que ceux de ces exercices qui comprennent la circumduction du bras mettent en action l’articulation humérale et non, par un artifice fréquemment employé, les articulations des vertèbres lombaires. »

Voici à présent les intitulés des 23 exercices, dont les 8 derniers s’exécutent à deux élèves :

« 1° élever le bâton et le porter horizontalement en avant ; en quatre temps.
2° élever le bâton et le porter horizontalement à droite et à gauche ; en quatre temps.
3° Faire passer le bâton autour du corps ; en quatre temps.
4° Passer le bâton par-dessus la tête, en avant et en arrière ; en quatre temps.
5° Elever le bâton et le porter horizontalement en avant, avec mouvement de jambes ; en quatre temps.
6° Porter le bâton verticalement à droite et à gauche, en fléchissant le corps ; en trois temps.
7° Flexion du corps en avant sur la cuisse gauche (droite) et mouvement vertical du bras droit (gauche) ; en cinq temps.
8° Elever le bâton au-dessus de la tête et le porter horizontalement à droite et à gauche ; en trois temps.
9° Elever le bâton et l’abaisser en arrière, les pieds joints ; en trois temps.
10° Flexion des jambes, les pieds réunis, et élévation du bâton au-dessus de la tête ; en quatre temps.
11° Mouvement de torsion du corps, à gauche et à droite, le bâton au-dessus de la tête ; en trois temps.
12° Flexion du corps en avant, et mouvement vertical du bâton en avançant (en reculant) ; en quatre temps.
13° Passer le bâton par-dessus la tête, en marchant en avant et en arrière ; en deux temps.
14° Elever le bâton et le porter horizontalement au-dessus de la tête en marchant ; en quatre temps.
15° Elever le bâton et le porter horizontalement en avant, en marchant ; en quatre temps.
16° Demi-cercles alternatifs à droite et à gauche ; en deux temps.
17° Demi-cercles simultanés à droite et à gauche ; en deux temps.
18° Flexion des jambes et demi-cercles simultanés sur les côtés ; en deux temps.
19° Porter alternativement les bâtons près des épaules et sur les côtés, en avançant le pied correspondant ; en quatre temps.
20° Cercles verticaux alternatifs (simultanés) sur les côtés ; en deux temps.
21° Mouvement alternatif (simultané) et continu des bâtons en avant et en arrière ; en deux temps.
22° Demi-cercle sur le côté, le pied gauche (droit) en avant ; en deux temps.
23° Mouvement vertical et alternatif des bâtons, le corps faisant chaque fois demi-tour ; en deux temps. »

La description des exercices, la mise en place avant les ordres, ont quelque chose de militaire qui correspond bien à l’époque où l’enseignement public trouvait encore son modèle dans l’armée (les lycées et les grandes écoles napoléoniennes, avec uniformes et discipline stricte, l’illustrent bien). Une personne connaissant bien l’évolution des programmes scolaires pourrait-elle nous préciser à partir de quelle époque ces exercices évoluent ou disparaissent des manuels scolaires, féminins ou masculins ?

Exercices et article proposés par Laurent Bastard :)

LA CANNE DE JONC, PAR ALFRED DE VIGNY (1835)

2010
07.29

Alfred de Vigny

En 1835, Alfred de Vigny (1797-1863) publie « Servitude et grandeur militaire » où il évoque non pas le héros guerrier mais l’homme d’honneur, qui, par abnégation et obéissance, transcende son individualité au profit d’une cause plus élevée.

Le livre III porte le titre de « La vie et la mort du capitaine Renaud ou la Canne de Jonc » (titre souvent inversé dans les éditions postérieures). La Canne de jonc ? C’est le surnom d’un vieux militaire des armées napoléoniennes, officier de la Garde nationale, que rencontre l’auteur lors des journées révolutionnaires de 1830. Voici un extrait du début du livre, où l’origine du surnom est expliquée :

« Comme j’approchais de l’un des bataillons les plus nombreux, un officier s’avança vers moi (…) Alors s’asseyant sur l’un des bancs de pierre du boulevard, il se mit à faire des lignes et des ronds sur le sable avec une canne de jonc. Ce fut à quoi je le reconnus, tandis qu’il me reconnaissait à mon visage (…) Le capitaine Renaud était un homme d’un sens droit et sévère et d’un esprit très cultivé, comme la Garde en renfermait beaucoup à cette époque. Son caractère et ses habitudes nous étaient fort connus, et ceux qui liront ses souvenirs sauront bien sur quel visage sérieux ils doivent placer son nom de guerre donné par les soldats, adopté par les officiers et reçu indifféremment par l’homme. Comme les vieilles familles, les vieux régiments conservés intacts par la paix, prennent des coutumes familières et inventent des noms caractéristiques pour leurs enfants. Une ancienne blessure à la jambe droite motivait cette habitude du capitaine de s’appuyer toujours sur cette canne de jonc, dont la pomme était assez singulière et attirait l’attention de tous ceux qui la voyaient pour la première fois.

Il la gardait partout et presque toujours à la main. Il n’y avait, du reste, nulle affectation dans cette habitude : ses manières étaient trop simples et sérieuses. Cependant on sentait que cela lui tenait au coeur (…) Les soldats l’avaient en grande amitié ; et surtout dans la campagne d’Espagne on avait remarqué la joie avec laquelle il partait quand les détachements étaient commandés par « la Canne-de-jonc ». C’était bien véritablement « la Canne-de-jonc » qui les commandait ; car le capitaine Renaud ne mettait jamais l’épée à la main, même lorsque, à la tête des tirailleurs, il approchait assez l’ennemi pour courir le hasard de se prendre corps à corps avec lui. »

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

LA CANNE DE MICHELET, PAR JULES CLARETIE (1886)

2010
07.29

En 1886, le romancier et historien Jules CLARETIE (1840-1913) publie « La canne de M. Michelet. Promenades et souvenirs ».

Le procédé littéraire de J. Clarétie est le suivant : en possession de la canne que lui a offerte la veuve de l’écrivain et historien Jules Michelet (1798-1874), il se laisse guider par elle pour visiter les environs de Paris, là où se sont déroulés, quinze ans plus tôt, de terribles combats contre les Prussiens, des atrocités, des fusillades sommaires, des actes d’héroïsme.

Les douze chapitres de ce livre (consultable sur le site Gallica de la BnF) sont empreints de nostalgie et de patriotisme. Voici le début du premier chapitre (Promenades dans le passé) où il est question de la fameuse canne, qu’il compare à celle de Balzac, laquelle a fait l’objet d’un précédent article (Canne qui rend invisible). Tous les promeneurs et randonneurs, mais aussi toutes les personnes âgées seront sensibles à l’évocation des liens particuliers qui unissent la canne à son propriétaire.

« La faute n’en est pas à moi, mais à la canne de M. Michelet !…

J’étais sorti, par les champs, songeant à quelque scène de mon drame que j’allais, dans un moment, jeter sur le papier et j’avais pris, pour m’accompagner, la belle canne à pomme d’or qui appartint à M. Michelet et que Mme Michelet m’a donnée. C’est comme un ami, un bâton de promenade. Il y a en lui quelque chose de vivant. Tout en marchant, il écarte la pierre du chemin, repousse l’ortie qui, hargneusement, se dresse le long de la route, soulève la branche de ronces qui pourrait vous égratigner dans les chemins creux. La canne, bonne compagnonne, est comme la confidente des pensées du promeneur. Elle se traîne lentement ou cogne tristement contre quelque caillou, si la réflexion est sombre, absolument comme on hocherait la tête ; et, si l’idée est gaie, la canne prend allègrement de petits mouvements vifs. Dis-moi comment se comporte ta canne et je te dirai ce que tu penses. Songez, comme preuve, aux lestes moulinets de la canne du caporal Trim et aux zigzags qu’elle dessinait dans l’air.

Et cette amie des promenades solitaires a cela d’excellent qu’elle écoute et ne dit rien. c’est le modèle des confidentes de tragi-comédies. La canne est muette et ne révèlera rien de ce que lui aura confié la fièvre de la main, trahissant la fièvre du cerveau. Je n’ai encore trouvé qu’une canne fantastiquement douée de la voix et de la vie : -c’est la canne de M. Michelet.

Elle est fort belle avec sa longue tige jaune et sa tête de quartz aurifère. Elle vient de loin, de bien loin, et en me la donnant, cette canne sur laquelle s’est appuyé Michelet rêvant, Mme Michelet m’en a conté l’histoire et je la cite :

« Elle vient du pays où les arbres ont l’ambition de monter jusqu’au ciel. Ces arbres, les wellingtonia, abritent parfois de leur ombre paternelle des étangs où se multiplie et s’enchevêtre une végétation inconnue à nos froides régions. C’est au bord d’un de ces étangs qu’a poussé ce beau jonc mâle. Son acte de naissance est donc porté sur les registres de San-Francisco. C’est un enfant du pays de l’or. La pomme d’or qui termine son extrémité supérieure a voulu en témoigner, mais d’une façon spirituelle : la plaque en quartz blanc où courent les filons du minerai, comme des veines, dit modestement : « Voilà ce que j’étais quand on m’a pris au sein de la nature. » Et la gangue qui sertit le quartz, dans son bel or pur, dit à son tour : « Voilà ce que m’a fait l’industrie de l’homme ».

« Le côté touchant de l’histoire est celui-ci : un élève de M. Michelet fut pris, un beau jour, de l’irrésistible envie d’aller se perdre dans les vastes prairies du nouveau monde. Il traversa tout d’une haleine les huit cent lieues du Far-West et ne s’arrêta qu’à l’ombre des wellingtonia. Le rêveur trouva là de toutes autres impressions que dans le désert. Il se vit au milieu de gens qui, tous, avaient la fièvre du travail. Cette fièvre le gagne à son tour ; il se fait mineur et s’enrichit. Mais la fortune ne fait pas le bonheur. Il le sentait, le soir, assis sous sa véranda. Le passé lui revenait, les souvenirs mêlés de regrets. Les dernières paroles qui avaient remué son coeur d’homme se réveillaient peu à peu ; il se revoyait en France, à Paris, sur les bancs de ce grand Collège où sont venues s’asseoir toutes les nations.

Il revoyait le maître aimé ; c’était à lui qu’il devait ce qu’il avait emporté de meilleur de la patrie absente. Le coeur gonflé, il s’écrie : « Je veux qu’il sache au moins que, même au bout du monde, je ne l’ai pas oublié ! » Le lendemain, il alla lui-même couper le jonc au bord de l’étang, lui fit sa toilette, et, quand il le jugea digne d’être offert à son maître, il fit graver comme hommage ces seuls mots : « P. Fortier à J. Michelet. »

Voilà l’histoire de la canne que Michelet emportait souvent dans ses promenades et sur laquelle, encore un coup, il s’appuyait lorsqu’il s’arrêtait devant quelque fourmilière, contemplant l’insecte, « l’infini vivant » ou lorsqu’il gravissait la montagne, ou, sur la plage, regardait la mer. Et je l’avais emportée aussi, à travers bois, à travers champs, la canne précieuse autrefois envoyée de Californie ; et, tandis que je marchais, comme au hasard, parti de Viroflay pour aller tout droit devant moi, invinciblement j’étais attiré par la canne vers des coins de terre où, comme en un cimetière, dort l’histoire, et la canne, la canne de jonc à poignée de quartz veiné d’or fin, me disait, me répétait – car elle parlait : - »Regarde bien les endroits où tu passes. sais-tu où tu es maintenant ? Non ! Eh bien ! tu es à l’endroit même où il y aura dans peu de jours seize années celui qui était alors l’empereur des Français partait, avec son fils, pour une guerre qui devait, moins de deux mois et demi après, le jeter prisonnier aux mains des Allemands ! » (…) Et la canne de M. Michelet, comme frémissant dans ma main, semblait évoquer cette journée du 27 juillet 1870 (…)

J’aurais été fort étonné, je l’avoue, de cette obsession du passé que faisait entrer en mon cerveau la canne de M. Michelet, si je n’avais souvent médité sur le roman de Mme de Girardin : « La Canne de M. de Balzac ». Mme de Girardin a fort bien expliqué que c’était à cette canne énorme, dont Froment Meurice avait, je crois, sculpté la pomme, que le peintre de la Comédie Humaine devait la meilleure part de ses succès. Cette canne le rendait invisible. Grâce à cette canne, il pouvait, sans être aperçu, visiter la cabane du pauvre et les palais du riche, comme les sultans des Mille et une nuits. Grâce à elle, Balzac regardait à loisir des gens qui se croyaient seuls, et saisissant l’homme au saut du lit, il surprenait, dit Mme de Girardin, « des sentiments en robe de chambre, des vanités en bonnet de nuit, des passions en pantoufles, des fureurs en casquette et des désespoirs en camisole. »

La canne de M. Michelet a une autre propriété, aussi merveilleuse. Elle ne rend pas invisible le passé : elle évoque les fantômes, elle ressuscite les morts. Elle peuple de spectres les solitudes. Elle fait renaître la vie vivante là où, dans un lugubre repos, sommeille ce qui fut. Baguette de magicien, la canne du poète de l’histoire remet en place les décors évanouis des drames oubliés. Et c’est pourquoi, revivant pour un jour, les amères années d’autrefois, j’ai erré par les chemins, interrogeant ces coins de terre où notre histoire – et quelle histoire ! notre histoire saignante – est ensevelie, et j’ai gravi le calvaire d’il y a quinze ans, la canne évocatrice, la canne de M. Michelet à la main ! »

On émettra quelque doute sur l’origine californienne du jonc qui a servi à confectionner la canne de Michelet.

L’illustration est un portrait de Jules Clarétie figurant dans Le Monde illustré du 7 novembre 1885.

Jules Clarétie

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

BATON, CANICHE ET MILITAIRE, PAR ERCKMANN-CHATRIAN (1863)

2010
07.29

Caniche républicain

Les écrivains Emile ERCKMANN (1822-1899) et Alexandre CHATRIAN (1826-1890), qui signaient ERCKMANN-CHATRIAN, ont écrit de nombreux ouvrages évoquant l’Alsace d’autrefois.

Dans l’un d’eux, « Madame Thérèse » (1863), ils mettent en scène Scipio, le caniche du régiment du père Schmitt, un vieux soldat. Ce dernier fait accomplir à son chien les marches et les attitudes des militaires.

Puis survient l’épisode du bâton, qui n’est pas sans rappeler celui qui a été rapporté dans l’article « M. Clinelle, sa canne et son chien, par Paul de Kock (1833) ».

« Le père Schmitt regardait Scipio d’un air attendri ; on voyait qu’il lui rappelait le bon temps de son régiment.
« Oui, fit-il au bout de quelques instants, c’est un vrai chien de soldat. Mais reste à savoir s’il connaît la politique, car beaucoup de chiens ne savent pas la politique ! »

En même temps, il prit un bâton derrière la porte et le mit en travers, en criant :
« Attention au mot d’ordre ! »
Scipio se tenait déjà prêt.
« Saute pour la République ! » cria le vieux soldat. Et Scipio sauta par-dessus le bâton, comme un cerf.
« Saute pour le roi de Prusse ! »
Mais Scipio s’assit sur sa queue d’un air très ferme, et le vieux bonhomme se mit à sourire tout bas, les yeux plissés, en disant :
« Oui, il connaît la politique… Hé ! hé ! hé ! Allons… arrive ! »
Il lui passa la main sur la tête, et Scipio parut très content. »

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

GREFFIER ET PROUD, FABRICANTS DE CANNES DE COMPAGNONS

2010
07.29

Annonce Greffier cannes de compagnons

Dans l’article sur les fabricants de cannes compagnonniques au XIXe siècle, nous avons mentionné les nommés GREFFIER, à Nantes, et PROUD, à Oullins.

Voici quelques ajouts sur ces deux compagnons.

Le journal « Le Ralliement des compagnons du Devoir », dans les numéros de l’année 1900, a publié une annonce qui nous apprend que Greffier père « compagnon bourrelier-harnacheur du Devoir, fabricant de cannes de Compagnons pour tous les corps d’états » se chargeait des réparations et des transformations à prix modérés car il avait « l’outillage nécessaire pour faire les cannes au goût des Compagnons qui lui en font la commande ». Il n’était plus établi à Nantes mais à Pornichet, avenue de la Gare.

Quant à l’autre fabricant, Auguste Proud, un article du même journal daté du 28 juillet 1901 nous apprend qu’il s’agissait bien d’un compagnon charron du Devoir dit « Vendéen la Tranquillité ». L’article ajoute que : « Le Tour de France apprendra avec plaisir que la fabrication des cannes de compagnons se trouve entre les mains de deux compagnons : Proud, fabricant à Oullins, près de Lyon (Rhône), maison Bonnin, et Greffier père, fabricant à Pornichet (Loire-Inférieure) ». Voilà qui permet d’identifier l’origine de toutes les cannes compagnonniques à partir des années 1890, sachant qu’Auguste Proud estampillait les embouts de ses initiales A P.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

LA CANNE DU GRAND-PERE, PAR ANDRE THEURIET (1867)

2010
07.28

André THEURIET (Marly-le-Roi, 1833 – Bourg-la-Reine, 1907) est un poète et romancier qui a laissé de belles oeuvres, notamment sur la forêt.

Il est aussi l’auteur d’un poème publié en 1867 dans « Le Chemin des bois ». Il y évoque la mort de son grand-père, dont il croit encore entendre le son de la canne dans le corridor, tant cet accessoire de marche finit par se confondre avec celui qui le tient en main.

LE GRAND-PERE.

Ma mère mit sur son visage
Un baiser suprême et brûlant ;
Et dans un cercueil de bois blanc
Le menuisier du voisinage
S’en vint le clouer en sifflant.
On attacha sa vieille épée
Au grand poêle noir de velours.
Puis, aux sons voilés des tambours,
La terre humide et détrempée
Le prit dans son sein pour toujours.
Maintenant sous l’herbe et la pierre,
A côté de sa soeur, il dort
Et parfois dans un rêve encor
J’entends la canne du grand-père
Retentir dans le corridor. »

Article proposé par Laurent Bastard. Merci.

CANNE D’ELEGANT ET CANNE D’AVEUGLE VUES PAR GAVARNI (1845)

2010
07.28

Achevons avec ces deux gravures notre parcours de l’oeuvre du grand dessinateur GAVARNI (1804-1866). L’une et l’autre font partie de la série « Les gens de Paris », publiée dans Le Tiroir de Diable, en 1845.

La première, gravée par BRUGNOT, nous montre un élégant parisien, portant favoris, haut de forme, redingote sombre et cravate.
Canne d'élégant par Gavarni

Il s’appuie sur sa fine canne et lève les yeux en direction d’un monument. La légende est la suivante : « LA COLONNE. A la bonne heure ! on m’a remis Napoléon sur la Colonne, et on me l’a coiffé de mon petit chapeau. »
Il s’agit d’une allusion à la statue de Napoléon placée au sommet de la colonne Vendôme le 28 juillet 1833, en présence du roi Louis-Philippe (la précédente statue, posée en 1810, ayant été descendue en 1814 et fondue quatre ans plus tard).

Aveugle par Gavarni

La seconde estampe, gravée par LEBLANC, concerne la canne des aveugles tout autant que le bâton de vieillesse. Elle nous montre un vieil homme dépenaillé, mutilé (sa jambe gauche est remplacée par un pilon), les yeux sans pupille, une casquette posée de travers sur son crâne chauve. Il s’appuie à la fois sur sa canne à poignée horizontale et sur l’épaule d’un jeune garçon, qui lui sert de guide. La légende évoque l’ingratitude qui est la récompense des vieux soldats jadis glorieux et désormais miséreux : « A porté l’uniforme des Guides de l’Empereur »…

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

LA CANNE DU VIEILLARD PAR GAVARNI (1845)

2010
07.28

Canne de vieillard par Gavarni

Poursuivons l’examen de la série des cannes vues par le dessinateur GAVARNI (1804-1866) avec cette estampe de 1845, publiée dans Le Tiroir du Diable. Cette gravure de PORRET, d’après le dessin de Gavarni, figure dans la série des « Gens de Paris » et nous montre un vieillard à demi courbé, coiffé d’un gibus, appuyé sur sa canne.

La légende de l’image, ironique, évoque le radotage des vieilles gens qui ne se rendent plus compte qu’ils ne sont « plus dans le coup » après les changements de régimes politiques. Elle fait dire en effet au vieillard : « Je l’ai dit au feu Roi, j’ai dit : « Sire, une cause qui méconnaît des hommes comme nous est une cause perdue ! ».

Heureusement qu’il peut encore compter sur son « bâton de vieillesse » au sens propre, lequel a fait l’objet d’un précédent article.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :wink:

LA CANNE DU SUISSE, PAR GAVARNI (1845)

2010
07.28

Suisse par Gavarni

Continuons à explorer l’oeuvre du dessinateur GAVARNI (1804-1866), où figurent des personnages associés à toutes les sortes de cannes de son temps. Voici à présent la canne de suisse, qui a déjà fait l’objet d’un précédent article.

Publié dans le Tiroir du Diable en 1845, dans la série des « Gens de Paris », ce dessin gravé par PORRET nous montre un suisse d’église coiffé d’un bicorne, en redingote à épaulettes, ceint d’un baudrier et d’une épée. L’air pensif, il s’appuie sur une haute canne à cordelière et gros pommeau. Sans doute regrette-t-il, malgré son épée et sa canne, de ne pas diriger des soldats, car la légende de l’estampe est la suivante : « Régiment (sans colonel) de colonels sans régiment ».

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci Laurent.

LA QUEUE DE BILLARD PAR GAVARNI (1845)

2010
07.28

Joueur de billard par Gavarni

Nous avons vu avec l’article sur la queue de billard, qu’il s’agissait d’un bâton associé à un jeu. Cet accessoire a donné lieu à quelques représentations artistiques, telle celle due au crayon de GAVARNI (1804-1866).

Son dessin, gravé par BREVIERE, fut publié en 1845 dans la série « Les gens de Paris », dans « Le Tiroir du Diable ».
Il nous montre un habitué des cercles ou des cafés où était aménagée une salle de billard, comme le suggèrent, à l’arrière-plan, une table, un verre, une carafe et un règlement affiché au mur. Le personnage, désabusé, tient sa queue de billard sur l’épaule. La légende de l’estampe suggère l’échec du joueur : « Rien à quinze », allusion aux quinze boules de couleurs du jeu de billard.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

MAITRE DE CHAUSSON ET BATONNISTE, PAR THEOPHILE GAUTIER (1842)

2010
07.28

Le texte qui suit se devait de prendre place sur ce site, car il constitue non seulement une belle oeuvre littéraire, mais aussi une source importante sur l’histoire de la canne et du bâton en tant que sport de défense.

Théophile Gautier

Il a été publié en 1842 par Théophile GAUTIER (1811-1872) dans « Les Français peints par eux-mêmes ». T. Gautier, qui apprit lui-même à manier la canne sous la direction du maître Leboucher, montre bien l’ancienneté de ce jeu et ses transformations après la Révolution, notamment au contact des Anglais.

Canne et bâton étaient indissociables en son temps de la savate ou chausson, et souvent enseignée avec la boxe.
Voici donc de larges extraits du « Maître de chausson », dont on pourra consulter le texte complet en ligne, sur le site de la bibliothèque municipale de Lisieux (www.bmlisieux.com) ou sur www.books.google.fr

« Les maîtres bâtonnistes de Caen avaient de la célébrité avant la Révolution ; cette gloire s’abîma comme tant d’autres dans le gouffre de 93, et il faut sauter jusqu’à l’Empire et à la Restauration, pour trouver dans la mémoire des plus vieux maîtres les noms des rois primitifs qui constituent la dynastie de la savate. Fanfan est le Pharamond, le Romulus de cette histoire ; il représente la période héroïque et fabuleuse ; Sabattier lui succéda ; après lui vint Baptiste, ancien danseur à l’Opéra, à qui les exercices de son premier emploi avaient assoupli les jambes, et qui montait les coups de pied plus haut qu’aucun des maîtres contemporains. Baptiste, qui avait conservé un vernis d’élégance et de bonne société, eut l’honneur de travailler avec Son Altesse royale le duc de Berry. (…) Cette importation de moeurs anglaises était d’une grande hardiesse pour le temps, et malgré cet exemple princier, l’art sublime de la savate, de la canne et du bâton resta confiné dans les classes inférieures. A Baptiste succéda Fanfare, qui tirait la savate et le bâton ; puis vinrent Mignon, Rochereau et Carpe, qui ont laissé de brillants souvenirs dans le monde des salles d’armes et des estaminets.

Les rues où se tenaient les classes n’avaient rien de très-élégant. Le vieux Champagne, ancien marin, demeurait rue Mouffetard, et François avait sa salle rue de la Mortellerie. Quand nous disons salle, nous avons tort ; c’est cave qu’il faudrait. Les assauts avaient lieu effectivement dans une grande cave ; les élèves étaient en général des ouvriers, ou des garnements suspects. Toulouse et Gadou montraient la savate aux maçons de la Grève. (…) Le jeu du bâton n’était pas développé et se composait principalement des coups de bout, de coupés et d’enlevés-dessous. La canne se tirait comme le sabre.

Le jeu développé fut apporté en France par les prisonniers des pontons d’Angleterre : durant les longues heures de la captivité, ils s’étaient beaucoup exercés, avaient travaillé les coups, et, faute d’autre occupation, faisaient assaut du matin jusqu’au soir ; ce qui les rendit les plus redoutables bâtonnistes de l’univers. La patrie des boxeurs ne pouvait qu’influer heureusement sur leur manière : toutefois le jeu développé resta un arcane entre les plus habiles, et se concentra dans Paris, ce foyer lumineux, ce centre intelligent, qui sait toujours avant tous les autres le dernier mot de l’art ; la province, routinière et fossile, conserva l’ancien jeu. Vers 1829 cependant, quelques maîtres de régiment développaient, mais c’étaient des Parisiens (…)

On se tromperait beaucoup si l’on représentait les maîtres de chausson comme des gens de carrure athlétique ; ils ne tiennent en rien de l’Hercule et du lutteur : ils sont ordinairement de taille moyenne, ont les extrémités fines et les mains petites. Plus d’une femme envierait les mains de Swift ; mais ces mains délicates, si elles ont la blancheur du marbre, en ont aussi la dureté ; et, détachées par les puissants muscles des épaules, meurtrissent les chairs comme un caillou lancé par une fronde.

Maintenant que nous vous avons fait l’histoire et l’esthétique du grand art de la savate, nous allons vous introduire dans une salle de chausson, celle de M. Lecour, qui est le professeur à la mode, et qui compte parmi ses élèves les lions les plus chevelus et les plus aristocratiques de l’Opéra et du boulevard de Gand. Vous voyez cette file de cabriolets, de tilburys et de coupés qui stationnent à l’angle de la rue du Faubourg-Montmartre, tout près du boulevard : hâtez-vous, c’est jour d’assaut, et vous auriez peine à trouver place.

La salle d’armes est au rez-de-chaussée, car le piétinement perpétuel serait insupportable aux voisins les plus pacifiques, et les bourgeois proprets partagent la haine de Nicole contre les ferrailleurs et les déracineurs de carreaux : la première pièce sert d’antichambre et de vestiaire ; contre le mur est appliquée une petite fontaine qui fournit de l’eau froide pour tremper les coins de mouchoir, quand il y a des nez compromis à bassiner, ce qui ne laisse pas que d’arriver quelquefois.

La salle est une grande pièce tapissée de coutil, en forme de tente, avec un plancher frotté au grès et à l’eau bouillante, pour que le pied morde bien et ne se dérobe pas. Tout autour sont disposées des banquettes élevées sur une marche qui encadre l’arène destinée aux combattants ; le long des murs sont accrochés les gants de boxe des élèves, portant chacun leur numéro. Ces gants, dont les doigts ne sont articulés que par-dessous, ressemblent à des traversins ; la peau est de buffle et la garniture de crin. Les Anglais remplissent les leurs avec la plume ; mais la plume, plus moelleuse d’abord, ne tarde pas à se tasser en paquets, et devient plus dure que le crin. A côté des gants qui font trophée avec les masques pendent les cannes et les bâtons de longueur.

Les assistants sont rangés au plus près du mur, afin de ne pas gêner les combattants ; et, pour ne pas être atteints, dans leurs coups de grande volée, par les cannes des maîtres qui font assaut, chacun tient en main un bâton dans la pose d’arrêt, ce qui donne à l’assemblée l’apparence d’un chapitre de chanoines assis dans leurs stalles un cierge à la main.

Le costume du maître est très-pittoresque : il consiste dans un pantalon de laine rouge à pieds, demi-collant, serré à la ceinture et tenant sans bretelles, une chemise rayée de violet ou de bleu, une petite calotte pourpre, et des gants de boxe avec des crispins vernis.

L’assaut commence ordinairement par la canne et le bâton. La canne se tire à une seule main, et le bâton à deux mains, comme les espadons et les estocs du moyen âge. Avant de commencer, les maîtres se donnent une poignée de mains, puis ils font le salut. Ce salut, où les maîtres exécutent avec leurs cannes des arabesques plus capricieuses que celles décrites par la bâton du fantastique caporal Trim-Trim, dans le roman humoristique de Tristram Shandy, en faisant des sauts et des pas de voltige (la voltige se fait lorsqu’on est attaqué dans la rue par plusieurs personnes ; la rose couverte, que l’on fait pour salut, est la plus jolie arabesque, dessinée au bâton, que l’on puisse voir ; les volées, les écarts de côte, les coups de travers pleuvent drus comme grêle) ; ce salut est vraiment très-gracieux et très-élégant.

Après cela, les maîtres se mettent en garde, et les hostilités sont ouvertes, les cannes tourbillonnent et s’entre-choquent en pétillant ; quand le coup porte, le vaincu s’écrie : « Touché, bien touché», et l’on reprend la garde. Comme les combattants n’ont ni masques, ni plastrons, les coups doivent être retenus : ils le sont presque toujours au début de la lutte ; mais quelquefois les adversaires s’échauffent, et l’assaut ne diffère pas beaucoup d’une véritable bataille. Aussi, l’assaut terminé, les combattants s’embrassent pour montrer qu’ils ne se gardent pas rancune, et n’ont aucun fiel dans le coeur. Cette coutume a quelque chose de loyal, de touchant, et doit prévenir bien des querelles. L’agilité et la prestesse des maîtres bâtonnistes sont réellement effrayantes. M. Lecour exécute en une minute des carrés composés de vingt coups sur chaque face, il a même été jusqu’à deux cents coups de bâton à la minute, ce qui est prodigieux ; l’on ne voit pas le bâton, on l’entend seulement siffler. »

Le portrait de Théophile Gautier a été peint par Chatillon et est conservé au musée Carnavalet à Paris.

Merci à Laurent Bastard pour cette contribution.