Archive for février, 2010

Quand Suzanne offrait une canne pour séduire son amant


2010
02.23

Au XVIIIe siècle et jusqu’au début du XIXe siècle, le gracieux thème de « L’arbre d’amour » illustre le désir des femmes de se trouver un amant. Il est présent sur de jolis saladiers polychromes, dont beaucoup sont issus des faïenceries de Nevers.

Les femmes font tout pour séduire les hommes indifférents et pour les faire descendre de l’arbre d’amour où ils se sont réfugiés. La scène est invariablement composée comme suit : deux femmes scient le tronc, une autre le frappe d’une hache, tandis que trois autres tentent les hommes avec des présents. Tout en haut de l’arbre, heureusement, veille Cupidon.

Les cadeaux présentés aux amants de glace sont représentatifs des plaisirs masculins. On y voit « la charmante Ysabeau (qui) lui présente un chapeau », une autre qui dit : « D’agréable manière recevez cette tabatière » et enfin, on voit « D’une main la belle Suzanne avec ce cordeau (qui) tire le gros badeau et lui présente une canne ».

Ces formules rimées expriment ce qui est censé séduire les hommes de ce temps : un chapeau, une tabatière et la fameuse canne, expression de l’élégance masculine.

Les détails reproduits sont extraits de trois faïences nivernaises des XVIIIe et XIXe siècles figurant dans le catalogue de la vente de la collection Chavaillon, à Châtellerault, en 2002.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Le vieux tour du bâton rompu


2010
02.23

Le plus ancien livre consacré à la prestidigitation fut écrit par un Toulousain nommé Jean PREVOST et publié en 1584 sous le titre : « La Première partie des subtiles et plaisantes inventions, contenant plusieurs jeux de récréation et traits de souplesse, par le discours desquels les impostures des bateleurs sont découvertes ».

Y figure un tour « Pour rompre par grand merveille un bâton reposant sur deux verres sans les casser ni les fendre ».

Je n’ai pu consulter ce livre. En revanche, en 1977, parut sous la plume du professeur Robert TOCQUET (1898-1993) « La prestidigitation à la portée de tous » (Editions Productions de Paris-N.O.E.) où se trouve révélée la manière d’exécuter ce tour. La voici :

« LE BATON ROMPU.
Effet de l’expérience. Vous enfoncez à chaque extrémité d’un manche à balai et selon son axe un clou long et mince. Vous placez ensuite deux verres pleins d’eau sur deux chaises se faisant vis-à-vis à distance convenable, et, par l’intermédiaire des clous, vous posez le manche à balai sur le bord des deux verres. Puis, armé d’un bâton de bois dur et assez gros (de 3 cm au moins de diamètre et de 90 cm environ de longueur), vous donnez un coup vigoureux sur le milieu du manche à balai qui se rompt sans que les verres soient dérangés.
L’expérience est encore plus saisissante en faisant soutenir le manche à balai au moyen de deux anneaux de papier ou de carton tenus chacun par un aide entre le pouce et l’index. Les anneaux restent intacts après le choc.
Enfin, on peut, comme le faisait le grand illusionniste Cartis, compliquer le tour en posant les deux anneaux sur le tranchant de deux lames de rasoir maintenues l’une et l’autre par deux assistants. Ici encore, les deux anneaux ne sont pas déchirés. Curtis employait même deux anneaux de papier de soie. D’autre part, le manche à balai peut être avantageeusement remplacé par des barres de store en sapin.
Explication de l’expérience. Il s’agit en l’occurence d’un effet d’inertie, la masse du manche à balai absorbant le choc de sorte que celui-ci n’est pas transmis aux supports. »

J’avoue ne pas avoir encore tenté l’expérience (pour conserver mon balai !) mais que je tiendrai au courant les lecteurs dès la réussite ou l’échec de l’opération…

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Robin des bois


2010
02.22

Pour un certain nombre d’entre-nous, les combats au bâton de Robin des Bois ont été les premières représentations du bâton en tant qu’arme et, qui aurait pu croire à cet instant que nous deviendrions plus tard des adeptes de cette discipline ?

Mais qui était Robin des Bois ou Robin Hood ?

Héros légendaire anglais dont la poésie populaire met les exploits du XII ème au XV ème siècle. Chef d’une bande d’outlaws, d’hommes hors la loi, retirés dans la forêt de Sherwood, il personnifie dans sa livrée verte, sous la verte feuillée, la résistance et la persistance de la race Saxonne aux premiers temps de la conquête Normande, et, plus tard la révolte et la haine des petites gens de la campagne contre l’oppression des nobles et du haut clergé..

Extrait de la définition de Robin Hood du Nouveau Larousse Illustré en 7 volumes (1897-1904)

Robin des Bois

Dessin tiré du petit livre Robin Hood and his merry men (Henri Didier Editeur – 1945)

Mickey chez Robin des Bois

Extrait des dessins de Mickey chez Robin des Bois de Walt Disney (Editions Hachette – 1950)

Cet article a été rédigé par Luc Cerutti. Merci Luc ;)

La revue des inventions utiles (1900)


2010
02.19

Je vous laisse juger par vous-mêmes si elles le sont vraiment… »utiles »…

Bâton extensible

Ou encore …(notez que cette canne sera le compagnon de l’amateur de bains de mer …)

Canne siège

…et enfin le porte-cannes-parapluies-queues de billard !

Porte-canne

Ces images sont extraites de la REVUE DES INVENTIONS UTILES (1900). Sources BNF.

Article rédigé par Frédéric Morin

La canne de l’architecte


2010
02.17

Canne de maître d'oeuvre 3

Il existe de nombreuses images médiévales où l’on voit l’architecte d’un chantier de construction dirigeant les travaux, inspectant les bâtiments ou accueillant le roi qui les a commandés. Il tient presque toujours une baguette, canne ou bâton, d’assez grande dimension.

Cette « canne du maître d’oeuvre » a fait couler beaucoup d’encre. Faute d’en avoir retrouvé un exemplaire (sauf erreur de ma part), les commentateurs ont émis diverses hypothèses qui ne se contredisent pas.

D’abord, et c’est la plus vraisemblable, la canne est l’insigne de l’autorité. Elle assoit celle de l’architecte, qui était aussi l’appareilleur d’un chantier, c’est-à-dire celui qui déterminait les dimensions et la forme de chacune des pierres que vont tailler les ouvriers. C’était aussi lui qui embauchait et commandait les équipes de tailleurs de pierre.

Canne de maître d'oeuvre

Ensuite, cette canne avait sans doute pour fonction de pointer aux yeux de celui qui accompagnait l’architecte, tel ou tel détail du chantier en cours. C’était un « bâton qui désigne ».

Enfin, on a écrit que cette canne était un instrument de mesure, qui permettait de déterminer des modules.

Canne de maître d'oeuvre 4

Appelée « canne royale », elle mesurait environ 1,25 m et aurait comporté cinq unités de longueur d’où son nom de « quine », chaque unité étant liée à la précédente par le nombre d’or ayant pour valeur 1,618. Les divisions de la quine auraient été la paume, longueur de la main, correspondant à 34 lignes (7,64 cm), puis la palme, ou quatre doigts écartés, correspondant à 55 lignes (12,36 cm), puis l’empan, correspondant aux cinq doigts écartés et à 89 lignes (20 cm), puis le pied (ou pied de Charlemagne), de 144 lignes (32,36 cm) et enfin la coudée (coudée royale), de 273 lignes (52,36 cm). (selon Christian Guilbault et son site « Longueur, masse, temps et Cie »).

La pierre tombale de Hugues Libergier, architecte de l’église Saint-Nicaise de Reims, conservée en la cathédrale, nous le montre entre une équerre à ses pieds, à gauche, et un compas, à droite, tenant sa longue canne.

Des gravures du XVIIIe siècle (comme le frontispice de la « Théorie et pratique de la coupe des pierres », par Frézier (1738), nous montrent encore le maître d’oeuvre tenant sa canne.

Jusqu’au début du XXe siècle, cet attribut ou instrument de mesure semble encore attaché à la fonction. En effet, elle est bien visible dans la revue « Les Merveilles de l’exposition de 1900″ , qui légende la photo ici reproduite par ces mots : « Les travailleurs de l’Exposition : appareilleurs et compagnons tailleurs de pierre. Chantier des Champs-Elysées. »

Cet article a été rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

La canne vue par Louis-Sébastien Mercier à la fin du XVIIIe siècle


2010
02.17

Canne au XVIIIe siècle

L’écrivain Louis-Sébastien MERCIER (1740-1814) est resté célèbre pour son « Tableau de Paris », publié entre 1781 et 1788, qui décrit par le menu les comportements du peuple et des grands de son temps, dans la capitale. C’est un témoignage précieux pour les historiens.

Il consacre dans le premier tome, publié en 1782, tout un chapitre à la canne, dont j’ai retrouvé cet extrait dans le Dictionnaire des arts décoratifs de Paul Rouaix (1885), à l’article « canne », qui débute ainsi :

« Le XVIIIe siècle paraît être, par excellence, le siècle de la canne. L’habitude de l’épée passait de mode : les seigneurs portaient et l’épée et la canne. Mais une foule d’enrichis de la Régence et des affaires de la Banque des Indes, n’ayant pas droit à l’épée, se servaient de la canne pour avoir un maintien. L’habitude s’en généralisa. Les cannes sont nombreuses parmi les seigneurs de la cour qui entourent Louis XVI à l’ouverture des Etats généraux.
Dans son Tableau de Paris, Mercier consacre tout un chapitre à la canne : « Elle a remplacé l’épée qu’on ne porte plus habituellement, dit-il. On court le matin une badine à la main ; la marche en est plus leste et l’on ne connaît plus ces disputes et ces querelles si familières il y a soixante ans, et qui faisaient couler le sang pour de simples inattentions… On n’aurait réussi qu’avec peine à interdire le port des armes : le Parisien s’est désarmé de lui-même pour sa commodité et par raison… Les femmes ont repris la canne qu’elles portaient dans le XIe siècle. Elles sortent et vont seules dans les rues et sur les boulevards, la canne à la main. Ce n’est pas pour elles un vain ornement ; elles en ont besoin plus que les hommes, vu la bizarrerie de leurs hauts talons qui ne les exhaussent que pour leur ôter la faculté de marcher. La canne à bec de corbin disparaît peu à peu et ne se verra bientôt plus que dans la main du contrôleur ou directeur des finances qui seul est dans l’usage d’entrer ainsi chez le roi. »

Paul Rouaix a légèrement modifié le texte de Mercier en supprimant quelques mots et lignes. On pourra consulter dans son intégralité le chapitre XCIII intitulé « Canne » du Tableau de Paris, tome I, 1782, p. 293 à 295, en version numérisée, sur www.books.google.fr

L’illustration représente la silhouette d’un contemporain de L.-S. Mercier, l’écrivain Ramond de Carbonnières (1755-1827), qui porte une canne à la mode de son temps.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci ;)

Le tau ou bâton de Saint Antoine


2010
02.17

Saint Antoine avait abandonné ses richesses pour se retirer dans le désert de la Thébaïde, en Egypte, au IIIe siècle. Il y vécut dans de grands tourments. L’iconographie chrétienne le représente vêtu d’une robe de moine, parfois accompagné d’un cochon et porteur d’un bâton de forme particulière, dont l’une de ses extrémités figure une croix où manquerait la branche supérieure.

Il figure un Tau, la dix-neuvième lettre de l’alphabet grec. On appelle ce bâton la croix de saint Antoine ou béquille de saint Antoine.
Cet attribut ne trouve pas d’explication bien définie, en dehors du fait que le Tau est un signe de paix, de bénédiction, de prédestination divine. Certains exégètes prétendent que le bâton de saint Antoine figurerait une béquille d’estropié pour exprimer le caractère hospitalier de l’ordre des Antonins. D’autres encore pensent que le bâton en Tau de saint Antoine rappelle la crosse des abbés grecs.

Bâton ou tau de Saint Antoine

L’illustration représente un détail d’une miniature de Stefano di Giovanni dit Sassetta (XVe siècle) conservée au musée de l’Université de Yale, aux Etats unis.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

La canne de majordome


2010
02.17

Canne de majordome

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, certaines familles princières ou bourgeoises, disposant d’un grand nombre de gens de maison, avaient conservé les usages de l’Ancien Régime. Ainsi se dotaient-elles d’un majordome, chargé de diriger le personnel et de transmettre les ordres du maître de maison. Il était quelquefois vêtu à l’ancienne, en livrée, culotte et bas, costume brodé et galonné, comme un suisse d’église. Son autorité était symbolisée par une canne à gros pommeau, comme le montre la gravure, extraite du roman « Le Prince Virgule » de Paul d’IVOI (1856-1915) publié en feuilleton dans le Journal des Voyages (numéro du 29 janvier 1905).

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Le boutefeu, un bâton de canonnier


2010
02.17

Bâton boutefeu

Les bâtons-outils ne sont pas très nombreux, car dès qu’on adapte une pièce de métal à une extrémité, ils deviennent des manches ou des hampes et changent de nom. Mais il en existe quelques uns que nous découvrirons au fil des pages de ce site.

On peut citer le boute-feu ou boutefeu. Il est défini comme un bâton auquel on fixe une mèche d’étoupe et qui sert à mettre le feu (d’où son nom) à un canon ou à des feux d’artifice.

Par extension, le mot boutefeu désigne l’artificier. Le mot s’emploie aussi pour désigner l’individu qui allume la discorde et qui ne mérite à son tour… que des coups de bâton !

La gravure représente un officier du XVIe siècle allumant avec son boute-feu un curieux canon coudé pouvant projeter ses boulets à la verticale ou à l’horizontale. Un précurseur de la mythique carabine à tirer dans les coins ?

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Petit additif concernant le « fusil à tirer dans les coins« …FM

La canne, emblème des « vanités »


2010
02.17

Les « vanités » constituent un thème de la peinture occidentale du XVIe au XVIIIe siècle. Il s’agit pour les peintres d’exprimer l’idée chrétienne selon laquelle les vraies richesses ne sont pas de ce monde, parce qu’elles sont appelées à disparaître avec la mort de leur possesseur. Il est « vain » de s’attacher aux bijoux, aux plaisirs des sens, aux fleurs, aux aliments, aux arts, aux jeux, car tout cela est inexorablement balayé par le temps pour retourner à la poussière.

Certains peintres ont placé la canne parmi ces objets, car elle représente un bel objet pour celui qui la porte, un élément de son costume avec lequel il se pavane, un emblème de pouvoir.

Le splendide catalogue de l’exposition du musée de Caen sur « Les vanités dans la peinture au XVIIe siècle » (1990), sous la direction d’Alain Tapié, nous offre trois exemples de la représentation de la canne, associée à des objets périssables, mais aussi au crâne, qui symbolise la mort.

Le premier tableau (musée de Dijon) est celui du peintre Jean-François de Le Motte, qui oeuvra à Tournai durant la seconde moitié du XVIIe siècle.

Canne vanités 1

On y voit une canne posée en travers du décor en trompe-l’oeil. Elle est à pommeau rond et à embout de cuivre, et son fût est d’un beau bois aux nuances brunes et noires.

Le second tableau (au musée des Beaux-Arts de Strasbourg) est l’oeuvre de Sébastien Bonnecroy, qui travailla en Hollande durant la seconde moitié du XVIIe siècle.

Canne vanités 2

Daté de 1641, il nous montre, comme dans la peinture précédente, une canne qui vient barrer transversalement le décor, au premier plan. On ne voit que le fût de la canne, qui est, comme l’autre, brillante et d’un bois nuancé de taches beiges et noires.

La troisième oeuvre (au musée de Leyde), datée de 1651, est un autoportrait du peintre hollandais David Bailly (1584-1657). Tous les symboles des vanités terrestres s’étalent devant lui tandis qu’il tient inclinée une canne ou une baguette.

Canne vanités 3

Cet article a été rédigé par Laurent Bastard. Merci :)