Archive for janvier, 2010

La canne du suisse d’église


2010
01.31

Canne de suisse d'église

Il était courant, autrefois, qu’un paroissien accomplisse les fonctions de suisse dans les églises des cités de quelque importance. Il conduisait les cortèges, plaçait les membres de l’assistance à leurs places, dirigeait les aspects pratiques des cérémonies. Cette fonction était encore exercée il y a une trentaine d’années dans certaines paroisses (j’ai vu un suisse officier à Saint-Etienne de Caen dans les années 1980). Peut-être l’est elle encore ?

Pour rehausser sa fonction et lui donner plus d’autorité, il était vêtu d’un uniforme rappelant l’Ancien Régime, avec bicorne, bas et culottes courtes, lévite et gilet brodée de fils d’or, épaulettes, chaussures à boucles. Il tenait une hallebarde et une haute canne à gros pommeau de cuivre évasé, en forme de poire. A chaque pas, il frappait le sol de sa canne.

Plusieurs sont encore conservées dans les églises : en la cathédrale Saint-Louis de La Rochelle (17), en l’église Saint-Etienne et en l’église Saint-Osvald de Marckolsheim (67), en l’église Saint-Rémy de Troyes (10), etc. On peut en voir des photos et une description sur le site www.culture.fr / collections.
L’illustration de cet article est extraite des Enfants de Paris, par le marquis de Ségur (1894).

Cet article a été écrit par Laurent Bastard. Merci :)

Canne à percement de 1863


2010
01.31

Canne à percement

Le Journal amusant était un hebdomadaire où les meilleurs dessinateurs du second Empire déployaient leurs talents, souvent avec un humour satirique.

Le numéro du 3 janvier est illustré par un dessin d’Alfred Darjou (1832-1874) représentant deux hommes en manteau et bottés, la tête couverte d’une potiche, tenant une « canne à percement ». La légende est la suivante : « MODES POUR 1863. Chapeau Campana, manteau à la ganache, bottes misérables, canne à percement. Le col droit et les favoris côtelette persisteront encore ! »

Tout cela fait allusion à des évènements de l’année écoulée : le chapeau Campana, en forme de pot, est un clin d’oeil aux collections de poteries antiques et de bijoux achetés par Napoléon III pour le Louvre, au collectionneur italien Giovanni Campana. Le manteau à la ganache se rapporte à un épisode des Misérables, que Victor Hugo venait de publier, au cours duquel Enjolras enlève le manteau percé de balles du père Mabeuf et dit « C’était une brave ganache ». Les bottes misérables sont également une allusion au roman de Victor Hugo. Mais à quel écrit, à quel évènement se rapporte la « canne à percement » ? Peut-être aux grands travaux du baron Haussmann, qui fit percer, aérer, éclairer des quartiers entiers.

Cet article a été écrit par Laurent Bastard. Merci Laurent :)

Bâton d’exercice de l’enfant de troupe


2010
01.31

Enfant de troupe

L’enfant de troupe, c’était au XVIIIe siècle l’enfant qui, avec sa mère et son père, soldat ou sous-officier, les suivait lors des déplacements en campagne et changements de garnison. Il n’avait droit à aucune formation militaire sauf s’il s’engageait comme soldat à sa majorité.

Peu à peu, au cours du XIXe siècle, ils purent acquérir une formation dans des collèges puis lycées militaires et accéder au rang d’officiers.

L’illustration est extraite de La Semaine des enfants du 30 mars 1861. En une série de petites scènes, se déroule la vie d’un enfant de troupe qui, par son courage, devient un bon soldat. Ces séries de petits tableaux à but moral étaient très courants dans les publications pour la jeunesse au XIXe siècle.
On voit ici l’enfant de troupe commencer les exercices militaires avec un bâton en guise de fusil. On sait qu’aujourd’hui, en de nombreux pays, les enfants n’apprennent malheureusement pas à faire la guerre avec des bâtons mais avec des kalachnikov…

Article écrit par Laurent Bastard. Merci ;)

Rabelais et le bâton de frère Jean des Entommeures


2010
01.31

Frère Jean des Entommeures

François Rabelais (1494-1553) est l’auteur de cinq livres extraordinaires et réconfortants dont le fameux « Gargantua » (1534) renferme un combat débridé au bâton.

Un roitelet nommé Pichrocole, mégalomane et belliqueux, a déclaré la guerre au bon Grandgousier et à son fils Gargantua. Ses soldats sont aux abords de l’abbaye de Seuilly, occupés à manger du raisin. Les moines ne savent que faire lorsque l’un d’eux, le frère Jean des Entommeures, décide de passer à l’attaque.

Voici un extrait de son combat au bâton, dont j’ai légèrement modernisé l’orthographe pour en faciliter la lecture. L’image est de Gustave Doré, merveilleux graveur qui illustra l’édition des oeuvres de Rabelais au XIXe siècle.

« Ce disant, il mit bas son grand habit et se saisit du bâton de la croix qui était de coeur de cormier, long comme une lance, rond à plein poing et quelque peu semé de fleurs de lys, toutes presque effacées. Ainsi sortit en beau sayon, mit son froc en écharpe et de son bâton de la croix donna brusquement sus les ennemis qui, sans ordre ni enseigne, ni trompette ni tambourin, parmi le clos vendangeaient. (…) Il choqua donc si roidement sur eux, sans dire gare, qu’il les renversait comme porcs, frappant à tort et à travers, à la vieille escrime. Aux uns écrabouillait la cervelle, aux autres rompait bras et jambes, aux autres délochait les spondiles du col, aux autres démoullait les reins, avalait le nez, pochait les yeux, fendait les mendibules, enfonçait les dents en la gueule, écroulait les omoplates, sphacelait les grèves, dégondait les ischies, débezillait les faucilles. (…) Si aucun sauver se voulait en fuyant, à icelui faisait voler la tête en pièce par la commissure lambdoïde. Si quelqu’un grimpait à un arbre, pensant y être en sûreté, lui, de son bâton, l’empalait par le fondement. (…) Les uns mouraient sans parler, les autres parlaient sans mourir, les uns mouraient en parlant, les autres parlaient en mourant. (…) Ainsi, par sa prouesse, furent déconfits tous ceux de l’armée qui étaient entrés dedans le clos, jusqu’au nombre de treize mille six cent vingt deux, sans les femmes et petits enfants, cela s’entend toujours. Jamais Maugis l’hermite ne se porta si vaillamment avec son bourdon contre les Sarrasins, desquels il est écrit dans la geste des quatre fils Aymon, comme fit le moine à l’encontre des ennemis avec le bâton de la croix. »

Article écrit et « adapté », par Laurent Bastard. Merci :)

Le gourdin magique du compagnon tourneur


2010
01.31

Petite table sois mise 001

Parmi les contes rapportés d’Allemagne par les frères Grimm au début du XIXe siècle figure celui qui a pour titre « Petite table sois mise ». Un tailleur avait chassé injustement ses trois fils qui étaient partis apprendre l’un, le métier de menuisier, l’autre, celui de meunier et le troisième, celui de tourneur. Une fois leur apprentissage terminé, le maître du jeune compagnon menuisier lui remit une table magique : il suffisait de dire « Petite table sois mise » et elle se couvrait de mets appétissants. Le second reçut un âne magique qui faisait tomber des pièces d’or « par devant et par derrière ».

Malheureusement, l’un et l’autre s’arrêtèrent dans une auberge et se firent échanger leur trésor à leur insu. Une fois rentrés chez leur père, ni la table ni l’âne ne leur obéit. Le troisième fils, le tourneur, reçut de son maître un sac renfermant un gourdin. Le jeune homme lui demanda : « Je peux jeter le sac sur l’épaule, il me rendra service, mais pourquoi le gourdin, il ne fait que l’alourdir ? ». « Je vais te le dire, expliqua le maître : si quelqu’un te fait du tort, prononce seulement ces mots : « Gourdin, sors du sac ». Le gourdin sortira du sac et lui flanquera une telle danse sur le dos que de huit jours il ne pourra bouger, et il continuera jusqu’à ce que tu lui dises de rentrer dans le sac. » Le jeune garçon s’arrêta lui aussi à l’auberge mais se méfia du patron car ses frères lui avaient écrit leurs mésaventures.

Il ne dormit donc que d’un oeil. Lorsqu’il vit l’aubergiste tenter de dérober le gourdin, il lui ordonna de rosser le voleur et de rendre la petite table et l’âne faiseur d’or. Et c’est ainsi, grâce au gourdin magique, qu’il put rentrer chez son père et remettre leur bien à ses deux frères.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Le petit gnome qui donne des coups de bâton


2010
01.31

Gnome frappeur

« Le petit gnome » est l’un des contes populaires rapportés par les frères Jacob et Wilhelm GRIMM lors de leur enquête en Allemagne, au début du XIXe siècle. Que nous raconte-t-il ? Un roi très riche avait trois filles. Il avait aussi un pommier chargé de fruits magnifiques, mais il avait défendu qu’on y touchât sous peine d’être envoyé cent pieds sous terre. Evidemment, la tentation était trop forte pour l’une des filles du roi, qui goûta un fruit délicieux et en fit goûter à ses soeurs. Elles furent aussitôt envoyées cent pieds sous terre, au royaume des gnomes. Le roi les fit rechercher désespérément. Il promit leur main à ceux qui les retrouveraient.

Trois chasseurs se présentèrent et partirent à leur recherche. Arrivés dans un château où tout était servi, ils y mangèrent mais ne virent personne. Deux d’entre eux continuèrent leur quête dans la journée tandis que le troisième restait au château. Or, le premier qui était resté là vit s’approcher « un gnome vraiment minuscule qui demanda un petit quignon de pain. Le chasseur prit une des miches et lui en tailla une large tranche. Mais le gnome la laissa échapper et tomber à terre, puis le pria de bien vouloir la lui ramasser ; mais dès que le jeune homme se baissa, le gnome prit un bâton et, le saisissant aux cheveux, lui administra une terrible volée de coups. »

Lorsque les deux chasseurs revinrent, celui qui s’était fait rosser se garda bien de leur raconter cet épisode. Le lendemain, le deuxième se comporta de la même manière avec le gnome et reçut une volée de coups. Le troisième jour, le dernier chasseur, qui était considéré par les deux autres comme un bénêt, ne s’en laissa pourtant pas compter. Il refusa d’obéir au gnome et lui administra une fessée. Après quoi, celui-ci lui révéla où étaient cachées les trois soeurs. Il parvint à les délivrer au terme de grandes épreuves, échappa à la jalousie des deux autres chasseurs et finalement épousa la cadette des filles du roi.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

La canne du Tambour-Major impressionne Bonaparte !


2010
01.29

Canne de tambour major

On trouve dans les romans d’Ernest CAPENDU (1826-1868) une belle description des mouvements de canne effectués par un tambour-major devant Bonaparte, alors premier consul. Le roman est intitulé La Mère l’étape et a été publié en feuilleton dans le magazine Le Passe temps en 1864 et 1865. Comme l’écrivain, qui connut pourtant un grand succès populaire de son vivant, ainsi que ses romans, sont bien oubliés aujourd’hui, voici l’occasion de donner connaissance de l’épisode de la canne :

« Entre ces tambours et ces sapeurs, dans cet espace vide, s’avançait un homme, un seul homme, mais quelle place il tenait à lui tout seul ! (…) Cet homme, c’était le tambour-major de la garde consulaire, le premier tambour-major de tous les tambours-majors de la France, le maréchal de la Canne.

Comme il était beau, mon Dieu ! Renversant son torse en arrière pour ne pas perdre une ligne de sa gigantesque taille, tendant le jarret, raidissant sa jambe que recouvrait une culotte de peau blanche illustrée d’arabesques, avançant un pied majestueux que chaussait une bottine de cuir fauve frangée d’or, la main gauche appuyée sur la ceinture tricolore et dorée qui serrait sa taille ; la tête recouverte d’un colbach dont les poils retombaient jusqu’au menton et qui dérobaient absolument la vue du visage, et le tout enfin surmonté d’une gerbe éblouissante de plumes et de panaches, à rendre jaloux un prince indien.
Le coude droit complètement en dehors, le bras arrondi comme le bois d’un arc et dans les mains une canne et quand je dis canne, c’est que le vocabulaire militaire se refuse à me prêter une autre expression.
C’était un petit arbre surmonté d’une pomme colossale et entouré de la base au sommet par une torsade de fil d’or grosse comme un câble de navire.

Cette canne, le tambour-major la maniait, la tournait, la lançait avec une majesté et une vigueur au-dessus de tout éloge.

En arrivant à vingt pas du premier Consul, le tambour-major se redressa encore et redoubla de moelleux et de grâce dans ses mouvements.
Lançant brusquement sa canne en ligne droite, il la rattrapa par le milieu.
Alors, lui imprimant un mouvement de rotation incroyable, successivement dans les deux sens, il la lança encore, mais cette fois avec une telle vigueur, que la canne monta dans les airs en tournoyant comme si elle eût été poussée par une catapulte.
Ce fut un cri général d’admiration et d’étonnement.
-Oh ! oh ! – dit le premier Consul en souriant. Qui donc est ce tambour-major qui lance sa canne à la hauteur des cheminées du Palais ? Tout le monde a le nez en l’air !… Ah ! parbleu ! je le reconnais ! – j’aurais dû m’en douter ! C’est Rossignolet, mon ancien tambour-maître de la 32e demi-brigade, mon casseur de lanternes ! »

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci ;)

Le bâton pour le portage de charges


2010
01.29

Le bâton est aussi un instrument utilitaire, employé pour le portage des charges à épaule d’homme, à toutes les époques et sous toutes les latitudes. Il existe trois variantes possibles : le bâton est posé sur l’épaule et, à son extrémité, est accrochée la charge (balluchon, autres objets) ; ou bien, à ses extrémités sont fixés des sacs ou des plateaux que le porteur maintient horizontalement en trouvant leur point d’équilibre ; enfin, un bâton plus long peut être porté sur les épaules de deux hommes et entre eux est suspendue la charge (gibier, homme, toute autre charge).

Les trois images jointes illustrent ces cas de figure.

Porteur de poisson portuguais

Brûleur ambulant

Portage avec bâton

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci ;)

Dans les Pyrénées, le baisement de la vare de justice


2010
01.29

Tribut des basques

Depuis le XIVe siècle, il se pratique à la frontière franco-espagnole une curieuse coutume. Il s’agit de celle du tribut annuel des Basques aux Navarrais, connue aussi sous le nom de Junte de Roncal.

Elle se pratique encore, avec quelques petites variantes depuis l’époque où un reporter du Journal des Voyages l’a décrite et illustrée (22 juillet 1906). Cette coutume repose sur la rencontre entre les maires des communes basques de la vallée de Baretous et de l’alcade d’Isaba, représentant la vallée de Roncal. Des douaniers, gendarmes, touristes, assistent à la scène. La cérémonie a lieu sur la borne frontière, près de la Pierre Saint-Martin. Les Basques paient annuellement, le 13 juillet, le tribut aux Navarrais, qui consiste en la remise de trois génisses de même pelage et de même âge. Cette redevance est due pour compenser le pacage des bêtes basques dans la vallée de Roncal, aux meilleurs pâturages.

La cérémonie comporte la remise des animaux, la pose de deux lances croisées sur la borne, un serment. Puis intervient la scène ici illustrée : « L’alcade d’Isaba revêt un costume spécial sur lequel vient s’adapter une collerette blanche ; il est coiffé d’un chapeau rond navarrais. Puis il prend à la main la vare de justice, baguette en bois noir montée en argent, qui est l’insigne des fonctions judiciaires dévolues à l’alcade en Espagne. (…) La cérémonie se termine par la nomination des gardes chargés de faire respecter les limites des deux territoires. Cette nomination est faite, aussi bien pour les Français que pour les Espagnols, par l’alcade qui reçoit leur prestation de serment, pendant laquelle le garde, étendant la main, baise l’extrémité de la vare de justice tenue par l’alcade. »

Cet article a été rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Le bâton porteur de sac


2010
01.29

Malle primitive

Cette image, extraite du Monde illustré du 25 juillet 1896, est devenue emblématique du voyageur à pied : un homme a posé son bâton sur son épaule et y a accroché un grand mouchoir où il a enfermé ses habits ou ses outils. On imagine ainsi le chemineau, le compagnon du tour de France, le voyageur pauvre qui ne peut payer sa course en voiture attelée ou en train.

En réalité, ce bâton utilitaire se révèle pour un marcheur plus une gêne qu’un avantage. Il importe d’abord de bien enfermer ses affaires dans le tissu pour qu’en marchand le ou les noeuds ne se défassent et que le contenu ne se répande. Il faut ensuite s’assurer que le sac ne glisse pas le long du bâton. Et puis, à la longue, si le sac est pesant, le bâton s’enfonce douloureusement sur l’épaule. Il se balance au gré des pas et déséquilibre le marcheur. Il ne laisse pas les mains libres. Le voyageur est enfin obligé de se munir d’un autre bâton et de le tenir dans son autre main s’il veut s’aider dans sa marche. Faites en l’expérience…

En fait, cette image populaire ne correspond guère à la réalité. Les récits des compagnons du tour de France font état au XIXe siècle de havresacs, sacs à bretelles qui laissent les mains libres, afin de tenir la canne ou le bâton de marche et s’aider durant des étapes qui ne pouvaient guère excéder 30 kilomètres. Le bâton porteur de sac (que, cependant, certains compagnons portaient parfois et nommaient poétiquement la « malle à quatre noeuds ») ne devait guère être employé que sur de courtes distances, pour se rendre au travail ou jusqu’à l’arrêt d’une voiture à cheval.

Cet article a été écrit par Laurent Bastard. Merci ;)