Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
Bibliothèque de ressources historiques, culturelles, artistiques, litteraires, sportives…sur la canne et le bâton, en France et dans le monde…
Transmettre la canne à travers les âges

Transmission des métiers médaille REVOL

Il n’existe pas à proprement parler de rituel compagnonnique lié à la transmission d’une canne. Le compagnon qui la possède la conserve jusqu’à sa mort, car il l’a achetée et, depuis le milieu du XIXe siècle, l’usage s’est établi de la personnaliser en faisant graver sur le pommeau son nom et son surnom et les emblèmes de son métier, souvent sous forme cryptographiée.

Mais il arrive qu’un vieux compagnon offre à un jeune sa propre canne, à charge pour lui de remplacer la pastille par une autre, à son nom, ou de polir le pommeau d’ivoire et d’y faire regraver son identité. C’est un acte généreux, presque un sacrifice pour le vieux compagnon qui se sépare d’un attribut essentiel, parce qu’il sait désormais qu’il ne marchera plus avec elle lorsqu’on le conduira bientôt au champ du repos.
Au-delà du geste, c’est toute la force de la transmission des anciens aux plus jeunes qui s’exprime. Transmettre assure la pérennité d’une institution et d’un savoir-faire.

Ce thème a été exprimé par un graveur de médailles nommé REVOL, en 1951. Sans doute bien au courant de l’esprit du Compagnonnage, il a représenté une main droite qui tend à une autre main droite une canne à gros pommeau. Il s’agit sans conteste d’une canne de compagnon, bien que sa forme un peu torse ne corresponde pas tout à fait aux modèles en usage. Ce geste illustre la transmission professionnelle évoquée par ces mots : « De main à main, à travers les âges, se transmet la tradition des métiers ». Cette médaille a été remise à des compagnons mais aussi à des artisans, par leur fédération professionnelle.

Elle a inspiré dans les années 1980 un compagnon tailleur de pierre du Devoir, Pierre JOURDAIN dit « La Volonté de Vouvray ». Egalement sculpteur, il a représenté la même scène, mais l’inclinaison de la canne (cette fois conforme à celle des compagnons) exprime encore mieux le geste de transmettre. Il est à noter que la phrase a légèrement été modifiée en « la tradition DU métier ».

Transmission du métier sculpture JOURDAIN

Ce bas-relief est exposé au musée du Compagnonnage de Tours.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

3 Comments to “Transmettre la canne à travers les âges”

  1. Laurent BASTARD dit :

    Sur la transmission de la canne, voici un extrait de l’article nécrologique publié p. 94 dans « La Fédération Compagnonnique » du 19 juin 1887, suite au décès du compagnon coutelier François Roussin, Avignonnais l’Ami du Progrès :

    « La canne du Frère Roussin est offerte à celui des apprentis qui a été sous ses ordres dans la maison Hansmann et qui, le premier, sera admis au rang des Compagnons des IV Corps dans la ville de Lyon. Cette canne sera déposée dans la chambre des Compagnons des IV Corps de cette ville. »

    (les IV corps sont les compagnons couteliers, poêliers, ferblantiers et fondeurs réunis en une seule société).

  2. Laurent BASTARD dit :

    Autre exemple de transmission d’une canne de compagnon, découvert dans le journal « L’Union Compagnonnique » du 15 novembre 1896.
    A propos du décès de Léandre BLED, Vendéen l’Exemple du Devoir, compagnon boulanger à Palluau (Vendée) « Le compagnon Milcent fait part à la famille des recommandations que lui avait faites le défunt de lui demander sa canne et ses couleurs et de les remettre aux compagnons boulangers en leur recommandant de les donner ainsi que son nom de compagnon au premier aspirant qui se fera recevoir après sa mort. Ces insignes, religieusement placés dans la chambre à coucher de ce frère, ont été pris par la famille et remis aux compagnons boulangers qui les ont reçus avec respect en adressant de sincères remerciements. »

  3. Laurent BASTARD dit :

    Encore un exemple de transmission posthume d’une canne par un compagnon, relevé dans le journal « La Fédération Compagnonnique » du 2 juin 1889. Le rédacteur relate les obsèques du compagnon cordonnier Noël GUILLEMY, Limousin le Soutien du Devoir, à Tulle, en 1889, et il précise :

    « Le cher défunt, chaque fois qu’on allait le voir, faisait à ses amis son testament compagnonnique, donnant tous ses emblèmes, canne, couleurs et tableaux à la chambre de Brive. La canne est réservée au premier Limousin qui sera reçu compagnon cordonnier. »

Leave a Reply