Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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LES TOURS DE PAUL CINQUEVALLI

Paul CINQUEVALLI, né en 1859 à Leszno, en Pologne, et mort à Londres en 1918, fut l’un des plus grands jongleurs de son temps.
Le magazine « Le Petit Français illustré », en son n° 437 du 10 juillet 1897, lui consacra deux pages illustrées (p. 377-378) sous le titre « Le premier jongleur du monde ». En voici quelques extraits qui se rapportent à l’usage de bâtons et baguettes :

« Un des tours les plus extraordinaires – je ne noterai que ceux-là – de Paul Cinquevalli est de lever au bout d’un bâton un baquet, un tub, du poids de 40 livres environ, de lui imprimer un mouvement rotatoire et de le recevoir sur la pointe d’un casque dont il est coiffé. Si le tub ne tombe pas en équilibre parfait, c’est-à-dire droit en son centre, le poids de cette masse envoie le jongleur rouler à travers la scène et il en a pour plusieurs jours à garder le lit.

Moins dangereux et plus joli de beaucoup est le tour d’adresse qu’il exécute avec un verre, trois billes de billard et une queue. Il tient le pied du verre entre ses dents ; au fond du verre est une des trois billes ; sur cette bille se dresse la queue de billard le gros bout en haut, et, en équilibre sur ce gros bout, sont les deux autres billes superposées. Il a fallu à Cinquevalli huit années d’exercice avant de réussir ce tour, qui paraît bien être le plus difficile qu’on ait jamais exécuté. (…)

Parmi les tours qui exigent plus d’adresse que de force et ne risquent point de causer d’accident, il faut citer celui qui consiste à recevoir sur la pointe d’un parapluie une de ces petites bouteilles de limonade fermées par une bille. Le jongleur ouvre le parapluie en même temps que le choc renfonce la bille et laisse échapper le liquide qui ruisselle en averse improvisée sur le riflard.

D’un coup de bâton, il casse net par le milieu un manche à balai suspendu comme le barreau d’un trapèze à deux rubans de papier que supporte le tranchant de deux rasoirs tenus par un de ses aides, ou mis en travers de longs tuyaux de pipe que fument placidement deux de ses élèves ou serviteurs. (…)

Mais où son jeu se déploie dans toute sa délicatesse, c’est dans les exercices qui l’obligent à faire à la fois trois ou quatre mouvements indépendants les uns des autres. On le voit, par exemple, jongler de la main gauche avec deux chapeaux, en faire de la main droite tourner un autre au bout d’un bâton, et imprimer le même mouvement giratoire à un quatrième à l’aide d’une baguette qu’il tient entre ses dents.

Plus remarquable encore est l’exercice que nous représentons ci-dessous. De la main gauche, Cinquevalli jongle avec deux assiettes ; de la droite, il fait pivoter un saladier au bout d’une baguette ; sur le front il a une bougie allumée, et à la bouche une cigarette dans un porte-cigarette. Par des mouvements graduels et imperceptibles de la mâchoire, il rapproche la cigarette de la bougie suffisamment pour que celle-ci allume celle-là. Il tire quelques bouffées et, faisant tomber la cigarette sans la toucher, se sert du tube qui la portait pour éteindre la bougie en soufflant dessus. D’autres fois, il remplace la cigarette par un poignard tenu en équilibre sur les dents. Il y a là quatre mouvements différents, difficiles à faire chacun à part, mais qui, exécutés simultanément avec autant de délicatesse et d’aisance que s’ils ne se contrariaient pas, autorisent Cinquevalli à se croire et à se dire « le plus grand jongleur du monde ».

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

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