Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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LES JOU-Y CHINOIS

Ce sont d’insolites et beaux objets que les Jou-y chinois décrits dans « Le Magasin pittoresque » d’août 1885, p. 271-272. Voici de quoi il s’agit :

« LES JOU-Y OU SCEPTRES SYMBOLIQUES CHINOIS.

Les objets que représente la gravure suivante ont eu plusieurs usages. Vers l’ère chrétienne ils étaient de fer et servaient de sceptres de commandement ; leur nom n’a pas varié depuis lors, on les appelle des « jou-y ».

Jou-y signifie : « Comme il est souhaité ».

Vers le cinquième siècle, époque à laquelle le bouddhisme indien, faisant de grands progrès en Chine, battait en brèche le taoïsme (1), les bonzes de cette dernière religion, pour retenir la foule qui commençait à déserter leurs temples, sentirent la nécessité de donner à leur propagande un regain de popularité en s’aidant de l’alchimie et de quelques miracles.

C’est alors que les jou-y, après avoir été l’emblème du commandement sur les hommes, devinrent, entre les mains des prêtres du tao, le symbole de la puissance surnaturelle qu’ils prétendaient pouvoir exercer sur les éléments et sur les esprits du ciel et de la terre.

Les chroniques de cette époque rapportent « qu’un jour un certain écolier plein de mérite, aussi pauvre que modeste, rencontra un prêtre taoïste qui lui fit présent d’un jou-y, avec lequel tout ce que souhaiterait son cœur serait à l’instant exaucé… »

On voit d’après cela que le jou-y a été en Chine ce qu’est dans nos légendes la baguette de nos magiciens et de nos fées.

Aujourd’hui la remise d’un jou-y à de jeunes époux exprime le vœu de voir se réaliser pour eux tout ce qu’ils peuvent désirer.

Dans le cérémonial des noces de l’empereur Tong-tche, en 1872, nous avons d’ailleurs un exemple précis de l’emploi de ces sceptres :

Le lendemain de leur mariage, les nouveaux époux sont allés offrir chacun un jou-y à l’impératrice douairière ; toutes les dames du palais et les femmes des hauts fonctionnaires firent de même. Après cela, les deux nouveaux époux s’offrirent l’un à l’autre un de ces sceptres. Les dames du palais et les princesses du sang vinrent chacune en remettre un au jeune empereur. Les femmes des hauts fonctionnaires remettaient les leurs au chef des eunuques, qui les passait au souverain. Toutes ces dames allèrent ensuite s’acquitter de la même cérémonie envers la jeune impératrice.

Bien que toujours à peu près d’une même forme et d’une même dimension, les jou-y varient à l’infini quant à l’ornementation et à la matière dont on se sert pour leur fabrication. Nous en avons vu en laque de toutes espèces, en métaux de toutes sortes, en bois sculpté avec ou sans incrustations, en ivoire, en jade blanc du Khotan, en serpentine, en cornaline, en lapis-lazuli, en porcelaine, en émail, etc. Une collection de jou-y pourrait être d’autant plus intéressante qu’il est peu d’objets se prêtant mieux aux différentes applications des diverses branches de l’art et de l’industrie du Céleste Empire.

(1) Le taoïsme, ou doctrine de la raison, fondé au sixième siècle avant Jésus-Christ par le philosophe chinois Lao-tze, est basé sur une sorte de dualisme offrant plus d’une analogie avec celui des manichéens.

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

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