Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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LES BAGUETTES DE TAMBOUR

Les baguettes de tambour appartiennent à la sphère des bâtons musicaux. Leur simplicité n’est qu’apparente car leur forme, leurs dimensions et le matériau dont elles sont faites, sont savamment étudiés.

Voici pour commencer ce qu’en dit l’Encyclopédie Diderot en 1751. Elle distingue quatre catégories de baguettes selon les instruments frappés.
« BAGUETTE DE TAMBOUR. Ce sont deux morceaux de bois qui ont chacun un pied ou quinze pouces de longueur, sur neuf lignes ou environ de diamètre par le bout qu’on tient à la main, d’où ils vont toujours en diminuant jusqu’à l’autre bout, qui a la forme et les dimensions d’une grosse olive. Ils sont tournés au tour, d’un bois dur et pesant comme l’ébène ; et l’on s’en sert pour battre la caisse ou le tambour. »
Ces dimensions correspondent aujourd’hui à environ 30 cm (un pied), 40, 59 cm (15 pouces de 2, 706 cm) et 1,98 cm (9 lignes de 2, 2 cm).

« BAGUETTES DE TYMBALLES. Ce sont deux morceaux de bois de bouis (=buis) qui sont garnies par un bout de petites courroies capables de recevoir les deux doigts du milieu, et destinés à les maintenir commodément, dont le fût est partout à peu près de la même grosseur, et n’a pas plus de sept à huit pouces de longueur, et qui sont terminés chacun par une espèce de tête de l’épaisseur de trois à quatre ligne, du diamètre de sept à huit, et de la forme d’un chamignon plat et arrondi par les bords.

BAGUETTES DE TYMPANON, PSALTERION, ETC. Ce sont deux petits morceaux de bois, de bouis, de cornouiller, d’ébène, etc. recourbés par un bout, et quelquefois terminés de l’autre par un anneau, d’une ligne et demie ou deux au plus d’épaisseur par le bout qu’on tient à la main, d’où ils vont toujours en diminuant. Ils sont recourbés par un bout, afin que ce bout s’applique facilement sur les cordes qu’on veut, sans toucher à d’autres ; ils ont un anneau pour les tenir plus commodément, en y plaçant le doigt. On prend entre les doigts celles qui n’ont pas d’anneaux.

BAGUETTES DE TAMBOURIN, soit à cordes, soit à caisse. Ces baguettes ne diffèrent guère de celles du tambour que par les dimensions. Celle du tambourin à cordes est plus courte et plus menue que celle du tambour ; celle du tambourin à caisse ou de Provence est plus menue, mais plus longue. »

En 1822, le « Dictionnaire technologique, ou Nouveau dictionnaire universel des arts et métiers » (collectif), en donnait une définition synthétique : « BAGUETTES DE TAMBOUR. Ce sont des morceaux de bois des îles, ou dur, de 4 ou 5 décimètres de long, tournés en forme de cône, sur le petit bout duquel on réserve un bouton en olive, avec lequel on frappe sur la peau du tambour. »

Mais c’est le général BARDIN, dans son « Dictionnaire de l’armée de terre, ou recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes » (1841), p. 602-603, qui fournit les informations les plus précises. Les tambours étant en effet présents au sein des armées, tout ce qui les concernait était codifié au millimètre près !

« BAGUETTES DE TAMBOUR. Sorte de baguettes assemblées par paire et primitivement nommées bâtons de tambour ; elles sont destinées à battre la caisse en la frappant du bouton ; elles agissent ensemble, mais différemment, hormis dans le cas du coup de baguette, parce que cette batterie ou signal se fait d’une seule main. Leur jeu se règle conformément aux signes de la tympanonique. (…)
Les baguettes de tambours ont toujours différé des baguettes de timbales, en ce qu’elles se terminent par un bouton et les autres par une rosette ; elles ne peuvent être d’un bois trop dur. C’est pour ajouter à leur poids autant que pour les consolider, qu’on les a, depuis le commencement de ce siècle, garnies d’une virole.
Les baguettes de tambour se composent du corps de baguette, de la virole et du bouton ; leur longueur totale est de quatre cents millimètres ; le diamètre de leur épaisseur près de la virole est de vingt-trois millimètres ; si on le mesure à cent millimètres au-dessous, il est de vingt et un millimètres ; et à cinquante millimètres plus loin, ce diamètre est de dix-neuf millimètre ; il est à la naissance du bouton de douze millimètres. Le poids de chaque baguette est de cent quarante grammes.
Le tambour, lorsqu’il ne doit pas se servir de ses baguettes, les porte dans les douilles de la plaque du collier de caisse ; lorsqu’elles y sont introduites, leur partie supérieure excède de cent millimètres l’orifice supérieur de chaque douille.
L’entretien des baguettes étant à la charge de celui qui s’en sert, il jouissait par ce motif du sou ou deniers de baguettes.
Dans la milice française, il a été pendant quelque temps distribué des baguettes de tambour qui étaient désignées sous le nom de baguettes d’honneur.

BAGUETTES D’HONNEUR. Sorte de baguettes de tambour qui, avant l’institution de la Légion d’honneur, étaient décernées à titre d’armes d’honneur, et en récompense d’actions d’éclat ; elles étaient en ébène et à virole d’argent. »

Voilà qui est précis ! Récapitulons : les baguettes de tambour sont fabriquées par un tourneur sur bois. Les bois employés sont plutôt des bois durs (ébène, buis, cornouiller, « bois des îles »). Elles mesurent environ 40 cm. Sont coniques et se terminent par un « bouton » ou « bouton en olive ». Une baguette pèse 140 grammes.
Notons qu’en 1867, à l’exposition universelle de Londres, un fabricant français nommé Gautrot présenta des baguettes en fer creux, plus élastiques et plus légères. Mais le métal ne détrôna pas le bois.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Sur la fabrication des baguettes, on se reportera à la belle vidéo sur Youtube (« fabrication baguette tambour FFB ») réalisée en 2008. Toutes les opérations au tour mécanique et par diverses machines-outils, mais aussi les tests manuels, sont très bien montrées.

Philippe Vignon, sur son site www.vignonmusic.fr indique que les baguettes les plus faciles d’emploi ont en général une longueur comprise entre 41 et 43 cm et que leur diamètre, à l’endroit de la prise, est d’environ 18 mm, tandis que celui de l’olive est de 15 mm. Il préconise des baguettes d’un poids n’excédant pas 75 à 80 grammes et déconseille les baguettes à virole, inutilement alourdies. On est loin des baguettes militaires de 140 grammes !

Les bois employés sont majoritairement l’érable et l’hickory ou caryer, arbre croissant en Amérique, au Mexique, en Chine. Il en existe aussi un peu en ébène.
Pour la batterie, il y a des baguettes en bois ou en métal de type « viper » (rondes). On utilise aussi des « balais », au son plus doux obtenu soit par percussion soit par frottement, ainsi que des « rods » (fagots), faits de fins rondins de bois liés.

Les sites qui commercialisent les baguettes, fabriquées massivement en Chine et dans les pays asiatiques, ainsi qu’aux Etats-Unis, proposent une très grande variété de modèles qui diffèrent par leur longueur, leur diamètre, celui de l’olive (on ne parle plus de « bouton » aujourd’hui), leur bois, leur poids, leur couleur… Les joueurs de tambour et les batteurs n’ont que l’embarras du choix et parlent de « Pro Orca Robert Goute », « Vic Firth », « Air Force », « Cooperman Guardsman », etc., du nom des fabricants.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

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3 Comments to “LES BAGUETTES DE TAMBOUR”

  1. Laurent BASTARD dit :

    Voici un complément à cet article, issu du « Dictionnaire militaire portatif, contenant tous les termes propres à la guerre (…), par M. D.L.C.D.B., tome second (1768), p. 452 :

    INSTRUMENTS DE GUERRE DES TURCS. Les Turcs se servent dans leurs armées d’instruments à son et à choc de différentes formes, qui à la réserve d’un, sont plutôt des instruments pour la pompe d’une cérémonie que pour l’exercice militaire.
    Pour les instruments à choc, ils ont deux sortes de caisses et un instrument composé de deux plats de métal (…)

    La grosse caisse appelée « daul » est haute de trois pieds. Les tambours la portent à cheval avec un hausse-col couvert de drap rouge. Ils frappent sur la partie supérieure avec un gros bâton de buis, et sur l’inférieure avec une petite baguette, frappant alternativement de l’un et de l’autre avec beaucoup d’art et de gravité.

    C’est l’unique instrument qui serve aux exercices militaires, parce qu’on bat des grosses caisses lorsque l’armée est proche de celle des ennemis, tout autour des gardes du camp pour les tenir éveillés. »

  2. [...] type de bâton s’apparente à une baguette de tambour (voir l’article : Les baguettes de tambour). C’est un bâton de percussion à fonction sonore. Voir aussi les différents articles de la [...]

  3. [...] une variante exotique des baguettes de tambour (voir l’article Les baguettes de tambour) découverte dans la revue « Le Magasin pittoresque » de mars 1839, p. [...]

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