Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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L’éloquence persuasive de Martin Bâton

Martin Bâton

Parmi les mots de notre vocabulaire tombés en désuétude figurent ceux de « Martin
Bâton ». Littré nous dit qu’ils désignent un « homme armé d’un bâton et par extension
le bâton personnifié qui sert à battre les animaux récalcitrants. »

Littré donne une citation empruntée à une fable de Jean de la Fontaine : « L’âne et
le petit chien ». Elle commence par la morale : « Ne forçons point notre talent / Nous
ne ferions rien avec grâce / Jamais un lourdaud, quoi qu’il fasse / Ne saurait
passer pour galant. » Et il l’illustre par la fable de l’âne, qui voit un petit chien
tendre la patte à son maître et l’embrasser, et qui est aussitôt cajolé. L’âne veut
l’imiter, il tend son sabot à son maître, se frotte à lui et commence à braire pour
imiter les jappements du chien. Evidemment, le maître n’apprécie guère cette marque
d’affection et dit : « Oh ! oh ! quelle caresse et quelle mélodie ! / Dit le maître
aussitôt, holà ! Martin Bâton ! / Martin Bâton accourt, l’âne change de ton./ Ainsi
finit la comédie. » Ici, Martin Bâton est le valet du maître, qui accourt avec un
bâton pour remettre l’âne à sa place.

Rabelais, quant à lui, avait placé l’expression dans la bouche de Panurge, au
chapitre XII du Tiers Livre. Il lui fait dire que si sa femme le fâche, il saura la
faire taire : « Martin baston en fera l’office. » C’est ici du bâton qu’il s’agit.

Il existe aussi une petite comédie anonyme et très misogyne intitulée « La Farce
joyeuse de Martin Bâton qui rabbat le caquet des Femmes ». Il s’agit d’un livret de
colportage imprimé à Rouen chez Jean Oursel, en 1832. On peut le consulter en
version numérisée sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France. Elle
met en scène deux commères, Caquet, Silence et Martin Bâton. Ce dernier est appelé
par Silence, qui se plaint d’être maltraité par Caquet et les deux commères. Martin
Bâton lui répond qu’il se sert de son bâton pour faire la paix et imposer Silence à
Caquet.

Hélas, les deux commères ne sont pas impressionnées et lui déclarent : « Nous
caquetterons, nous claquerons et barbotterons, / Comme un coq qui boit / Malgré toi,
Martin Bâton. »…

L’illustration du présent article est extraite d’un conte de la Semaine des enfants,
du 2 juillet 1859. On y voit trois enfants qui s’efforcent de faire avancer un âne
récalcitrant mais, nous dit le texte, « L’entêtement de ce dernier ne put résister à
l’éloquence persuasive et concluante de Martin Bâton.

Article proposé par Laurent Bastard. Merci :)

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