Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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LE JEU ECOSSAIS DU SHINTY

On trouvera ci-dessous la description d’un jeu pratiqué autrefois (peut-être encore aujourd’hui ?) en Ecosse, avec un bâton à bout recourbé et une boule en bois. Nous laissons aux lecteurs spécialistes des jeux le soin de le comparer avec des jeux analogues, régionaux ou étrangers et de nous dire s’il a évolué vers une discipline sportive codifiée (le golf ?).

Le texte et la gravure sont issus de la revue « Le Magasin pittoresque » de juillet 1835, p. 209 :

FRAGMENTS D’UN VOYAGE EN ECOSSE

Depuis longtemps nous entendions par intervalles des cris et des rumeurs extraordinaires sans en pouvoir comprendre ni la nature, ni même la direction ; mais aussitôt que nous eûmes atteint le sommet de la colline, nous découvrîmes à moins de quatre cents pas au-dessous de nous, au milieu d’une petite vallée blanche de givre, une grande foule de montagnards qui s’agitait et flottait en tous sens : on eût dit, en voyant de loin cette masse confuse, une énorme barque ballottée entre deux montagnes d’eau.

Mademoiselle Beyme, dont la vue était plus perçante que la nôtre, assura qu’ils étaient tous armés de bâtons. A ces mots, notre petit convoi s’arrêta involontairement. Etait-ce une émeute ? était-ce un combat ? allions-nous assister malgré nous à l’une de ces scènes terribles des contestations religieuses et poltiques qui ensanglantent depuis tant d’années le pays de Marie Stuart ? Notre crainte s’accrut encore lorsque nous reconnûmes que cette petite armée était divisée en deux corps distincts de force à peu près égale, qui semblaient tour à tour se porter l’un contre l’autre, tour à tour se fuir et se poursuivre. Convaincus de l’inutilité, de l’impuissance de notre intervention, nous étions disposés à retourner sur nos pas ; mais Doret ayant désigné du doigt un des montagnards qui s’était détaché du champ de bataille, et se dirigeait vers nous, la curiosité nous rendit immobiles.

Cet homme était blessé ; il boitait et s’appuyait sur un bâton recourbé. Dès qu’il fut à la portée de la voix, un de nous lui demanda avec un ton lamentable ce qui se passait dans la vallée. Il répondit en riant avec un mauvais accent anglais : « T’is game of Shinty » (c’est le jeu de Shinty). – « Eh ! c’est vrai, s’écria Galve : nous étions fous de craindre ; c’est un jeu fort divertissant. » Nous approchâmes alors, toutefois avec prudence, entre les deux bandes de paysans qui appartenaient à deux paroisses voisines.

On voyait voler et bondir une petite boule en bois à peu près de la grosseur de celles dont se servent aux Champs-Elysées et à la grille du Luxembourg nos joueurs de cochonnet. Chacun des deux partis avait son but à une certaine distance, et, à coups de bâton, s’efforçait, soit à rapprocher la boule de ce but, soit à la chasser au-delà de celui de ses adversaires. La vivacité des mouvements était funeste à quelques-uns, et les bâtons en retombant frappaient souvent autre chose que la boule ou le terrain : plus d’un joueur se retirait à l’écart à cloche-pied ou en portant la main à son dos et en faisant de tristes grimaces.

Un incident survint : nous vîmes un jeune montagnard jeter son bâton, se baisser vers la boule et l’emporter en courant. Etait-ce le franc jeu ? nous l’ignorons. Les deux partis, surpris, se précipitèrent à sa poursuite, se mêlant et hurlant ensemble à faire tomber les oiseaux du ciel, comme il arriva un jour en Grèce. Le jeune homme était bon coureur, et il avait une avance sensible ; bientôt il disparut derrière une colline ; les plus rapides d’entre la foule étaient encore éloignés de lui de plus de cinquante pas. Quant à nous, peu habitués à de semblables courses dans les montagnes, nous poursuivîmes tranquillement notre route : depuis, nous avons appris qu’il existe en Angleterre un jeu à peu près semblable au « shinty » : on le nomme « hurling. »

Ce texte n’est pas daté ni signé. Ce peut être un extrait de récit de voyage de la deuxième moitié du XVIIIe siècle comme du milieu du XIXe siècle.

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

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