Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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LE CUDGELLING DES IRLANDAIS (1816)

La pratique des jeux de bâton était répandue des deux côtés de la Manche, mais avec d’assez notables différences. En Angleterre, on la désignait sous le nom de « cudjel play » ou « cudgelling ». Nous l’avons déjà évoquée le 3-07-2010 dans Le cudjel play, un jeu de bâton anglais en 1809 et le 25-01-2012 dans Le cudgel vu par l’abbé Prévost en 1728. En voici un autre témoignage, publié par Pierre Jean-Baptiste NOUGARET (1742-1823), poète, romancier et essayiste.

Nougaret a publié en 1816 son ouvrage sur « Londres, la cour et les provinces d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, ou esprit, moeurs, coutumes, habitudes privées des habitants de la Grande-Bretagne », tome I. (source : Google livres).
Il y évoque longuement la boxe, ainsi que les combats de gladiateurs très prisés des Anglais, à l’épée ou à l’espadon (chapitre XXIII). Voici les extraits relatifs au bâton ou « cudgel ».

Page 190 : (Au XVIIIe siècle) il y avait une autre espèce de gladiateurs, armés d’un bâton ferré par le bout, avec lequel, pour de l’argent, ils s’assommaient les uns les autres, ou tout au moins se faisaient des contusions énormes. Ces spectacles sanglants se donnaient ordinairement sur un théâtre dans Hay-Market. Il y avait un parterre, et des loges comme aux autres spectacles. Ces loges étaient remplies de la plus brillante société, ainsi que celles de l’opéra et de la comédie. »

Et plus loin, p. 194-195, il poursuit avec une pittoresque évocation du « cudgelling » pratiqué par les Irlandais : « Il est un jeu en Irlande, appelé Cudgelling, qui se joue avec de gros bâtons courts, nommés Cudgels : les Bretons des côtes de France ne manient pas avec plus d’adresse les longs bâtons qu’ils emploient à leurs exercices. Il arrive quelquefois qu’à ce jeu un Irlandais manque la parade, et que le Cudgel lui détache la moitié d’une joue ou d’une oreille. Mais quand on l’emploie dans une rixe, c’est alors surtout que l’on joue très gros jeu.

Le frère d’un pair du royaume, l’un des plus ardents Cudgellers de l’Angleterre, quoiqu’il fût ecclésiastique, ayant appris qu’un cocher hors de place était fort habile à cet exercice, l’envoya chercher un matin pour le prendre à son service. Après lui avoir demandé quels gages il désirait obtenir, il s’informa s’il était vrai qu’il sût bien manier le Cudgel ? Le cocher répondit d’un air modeste, qu’il pensait s’y entendre assez pour faire plaisir à un gentilhomme. Entendant ces paroles, lord H***, qui était pressé de jouir des talents de ce nouveau serviteur, et qui se croyait lui-même un virtuose dans ce genre, met bas sur-le-champ robe de chambre et chemise, pendant que le cocher pose humblement son habit par terre, dans un coin de l’appartement ; et après avoir touché dans la main de son maître, ce qui est le salut ordinaire, il cracha dans la sienne, saisit son cudgel, et se livrant à l’amour de la gloire, il asséna avec tant de dextérité la première douzaine de bottes à milord H***, que ce noble amateur le tint quitte de la seconde ; mais pour apaiser la formidable Cudgeller, qui ne connaissait plus personne, il fut obligé de lui promettre dix guinées d’augmentation de gages ; cette générosité fit rentrer le cocher dans les bornes du respect dû à son maître, qui en fut quitte pour quelques horions. »

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

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