Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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LE BATON DE COTRET (OU COTERET) – 1

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751) définit le bâton en ces termes : « Se dit en général d’un morceau de bois rond, tourné au tour ou non tourné, et s’applique à beaucoup d’autres choses qui ont la même forme ». Puis les auteurs en viennent au « bâton de cotret » : « Chez les marchands de bois, un bâton de coteret (se dit) pour un morceau du menu bois de chauffage, fait des petites branches des arbres ».

Le Dictionnaire de l’Académie française (édition de 1932) le définit comme un « petit fagot composé de morceaux de bois courts et de médiocre grosseur. Il se dit aussi de chacun des bâtons dont se compose le fagot. »

Donc, un coteret ou cotret est un fagot, ou bien l’un des bâtons ou branchages dont il est composé.

Dans le vocabulaire des fabricants de moulins à vent, il ne s’agit plus d’un bois de fagot mais d’un « morceau de bois qui fait partie des ailes d’un moulin à vent » et dans celui des fabricants de métiers à tisser d’un « madrier faisant partie du métier de haute lisse ».

L’étymologie de coteret est incertaine. Certains ont avancé que le mot viendrait de Villers-Cotterets, où il y avait autrefois beaucoup de forêts, mais cela est douteux.

Le mot, au sens de bois de fagot, a donné lieu à des expressions disparues : « Etre sec comme un cotret » signifiait être maigre et décharné. « Avoir des jambes de cotret s » voulait dire avoir des jambes fort menues (on dirait aujourd’hui « comme des allumettes »). Les bûcherons disaient « châtrer des cotrets » pour « enlever quelques bâtons d’un fagot ».

Et enfin, cette expression figurée : « de l’huile de cotret », pour « des coups de bâton ». Cela nous rappelle, dans un style voisin, l’ « éventail à bourrique », dont nous avons déjà parlé, et qui était le bâton dont on frappait l’âne pour qu’il avance. Dans les deux cas l’expression fait sourire parce qu’elle évoque la douceur alors que la réalité est contraire.

Dans la littérature, le mot cotret se rencontre ici et là. L’une des œuvres attribuées à François VILLON (1431-après 1463), intitulée « La repeue franche du souffreteux » met en scène un pauvre hère qui entend bien être hébergé à l’œil chez un aubergiste. Il commande une perdrix ou un poussin, du vin de Beaune « et puis après pour faire fin / Le cotteret et la bourrée », c’est-à-dire un bon feu de fagot pour se réchauffer (la bourrée étant synonyme de fagot »).

Au XVIe siècle, François RABELAIS (vers 1483-1553), dans la généalogie de Gargantua (chapitre I) publié en 1534 : « Je pense que plusieurs sont aujourd’hui empereurs, rois, ducs, princes et papes en la terre, lesquels sont descendus de quelques porteurs de rogatons et de coterets ». Un porteur de rogatons, au sens figuré, était un mendiant, et un porteur de coterets, un modeste porteur de fagots.

Au XVIIe siècle, Charles SOREL, dans l’ « Histoire comique de Francion » (livre II) (1623) : « J’estime également ceux qui ont la charge des plus grandes affaires et ceux qui n’ont qu’une charge de cotrets sur le dos, si la vertu n’y met de la différence ». En d’autres termes, tous les hommes sont estimables, quels que soient leur état et leurs responsabilités, pourvu qu’ils soient vertueux.

A la même époque, en 1636, quand CORNEILLE écrit « L’Illusion », il met ces vers dans la bouche de Lyse, la servante d’Isabelle (acte II, scène 9) : « Il se dit riche et noble, et cela me fait rire ; / Si loin de son pays, qui n’en peut autant dire ? / Qu’il le soit, nous verrons ce soir, si je le tiens / Danser sous le cotret sa noblesse et ses biens ». Elle se promet de démasquer l’imposteur en le rossant à coups de bâton.

Le cotret apparaît donc aussi comme un bâton de punition, qui fait mal mais ne tue pas.

A suivre avec un dernier extrait littéraire…

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

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