Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
Bibliothèque de ressources historiques, culturelles, artistiques, litteraires, sportives…sur la canne et le bâton, en France et dans le monde…
LA CANNE SUR L’ESTAMPE DE « PERIGORD COEUR FIDELE » (1866)

La canne, attribut majeur des compagnons du tour de France, est souvent représentée sur les lithographies qu’ils ont éditées au cours du XIXe siècle. On la voit dans les mains de compagnons en pied, ou cheminant sur le tour, ou encore posée en croix avec une autre, pour accomplir le rite de la « guilbrette ».

Mais il est une estampe où elle occupe une place essentielle puisqu’elle est en son centre, placée verticalement, et de belles dimensions.
Cette lithographie en couleurs est intitulée « Les vrais souvenirs du Tour de France ». Elle a été éditée en 1866 par le compagnon maréchal-ferrant François BEAU, dit « Périgord Coeur Fidéle » et diffusée chez Appel, à Paris, 12, rue du Delta. Ses dimensions sont, en longueur, de 60 cm et en hauteur de 49,5 cm.

Elle représente l’environnement cher à tout compagnon maréchal-ferrant du Devoir. On y voit ses outils : tisonnier droit, flammes pour petites opérations, râpe à corne, rainette, marteau apelé « brochoir », tenailles dites « tricoises », boutoir à couper la corne…
On y voit aussi des allégories (un putto tenant une palme et couronne de laurier, foulant un serpent : c’est la victorieuse du vice ; des anges tenant des palmes de laurier et d’olivier). Ailleurs, se trouvent un chien (le compagnon fidèle), des branches de chêne (la force), l’oeil dans un triangle en gloire (Dieu, l’Etre suprême), la gourde et le sac du voyageur, et bien sûr des fers à cheval de divers modèles.
La grande canne verticale du milieu de l’image est à grosse pomme sphérique en bois noir, comme l’étaient les cannes « anciennes » (jusque vers la moitié du XIXe siècle, avant d’être des pommes à pans, en corne). Elle comporte un embout métallique (en laiton et acier) court, différent des longs embouts des cannes postérieures, de fabrication Bron et Proud.(voir les articles : Les cannes compagnonniques de Jean Bron (1841-1906) et Les fabricants de cannes compagnonniques au XIXe siècle.
Cette canne est revêtue d’une cordelière croisée qui se termine en bas par deux pompons ou « glands » de petites dimensions, à l’inverse des cannes de la fin du XIXe siècle, où ils sont beaucoup plus touffus en fils de soie.
Les orifices où passe la cordelière (les « yeux ») ne sont pas ornés d’un petit fer à cheval, comme les cannes plus récentes.

C’est ici une canne de compagnon « reçu », sans fonction particulière, à l’nverse de celle qui est dessinée à gauche. Celle-là est enrubannée de deux « couleurs » du haut jusqu’en bas. Ce type de canne ornée était celle du « rouleur », le maître des cérémonies chez les compagnons, en même temps que celui qui effectue les embauches.

Tous ces détails ont leur importance car ils permettent de constater l’évolution des cannes compagnonniques en une vingtaine d’années et l’adoption d’un modèle-type à la fin du XIXe siècle, qui n’a guère changé jusqu’à nos jours.

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

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