Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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EN PERSE, LES COUPS DE BATON SUR LA PLANTE DES PIEDS

Ferrache persan et bâton blanc

Un Anglais nommé John Brown est l’auteur d’un récit publié dans le Musée des familles, en mars 1836, où il relate son long séjour en Perse, l’actuel Iran. Il y décrit les châtiments en usage à l’époque, au chapitre XII : Des supplices (p. 190-191) :
« Les principaux châtiments usités en Perse sont : les coups de bâton sur la plante des pieds, l’amputation du nez ou des oreilles, et la mort. Le coupable est entouré de golams et de féraches ; et sur un léger signe, imperceptible pour tous les autres, il est saisi et il subit à l’instant même son châtiment. (…)
Les peines correctionnelles qu’on inflige dans les cas ordinaires de police sont les coups de bâton sur la plante des pieds, la prison et l’entravement. La première de ces punitions, quoique considérée comme légère, est cependant une des plus douloureuses qu’on puisse imaginer. Après avoir mis le coupable sur le dos, on lui soulève les jambes jointivement, au moyen d’une corde attachée à une pièce de bois que soutiennent deux hommes, de manière que la plante des pieds se présente horizontalement en l’air. Alors deux féraches vigoureux, armés chacun d’une cinquantaine de baguettes, frappent l’un après l’autre de toutes leurs forces et font sauter les baguettes en éclats. L’un des deux compte les coups, et ils ne s’arrêtent que lorsque le nombre des coups fixé est au complet, quels que soient les cris d’ »aman » (pardon) que ce malheureux ne cesse de pousser pendant tout le temps que dure ce cruel châtiment.

On ne se fait pas une idée du courage avec lequel la plupart des condamnés supportent ce châtiment ; j’en ai vu qui, après avoir reçu quatre cents coups, ne faisaient pas entendre une plainte, et se couvraient seulement la figure avec leur bonnet pour cacher les grimaces que la douleur leur arrachait.
Personne n’est à l’abri de cette punition, et le roi la prononce contre les grands du royaume dont il a à se plaindre. Comme ce n’est pas un déshonneur d’être puni par le souverain, ils n’en conservent pas de ressentiment, et il est peu de personnes aujourd’hui employées à la cour, à commencer par les ministres, qui n’aient été fustigées de cette manière, souvent pour des bagatelles.
On pousse quelquefois cette punition jusqu’à mille coups, ce qui doit paraître bien fort ; néanmoins il n’en résulte pour le patient que d’être obligé, pendant quinze ou vingt jours, à garder le lit avec les pieds couverts de crême fraîche. Il reparaît ensuite aussi dispos que s’il ne lui était rien arrivé. »

Le terme de « férache », employé plus haut, n’est pas explicité mais il doit s’agir d’une sorte de gendarme ou de bourreau. Je l’ai retrouvé plus tard, dans le Journal des voyages du 3 février 1907, à propos du séjour en France, durant l’été 1905, du shah de Perse, Mouzaffer-ed-Din. Le journaliste décrit le cortège du souverain, qui comprend « les ferraches de Sa Majesté, qui font mine d’écarter la foule avec leurs bâtons blancs, plus inoffensifs que ceux de nos agents ». Ces bâtons blancs-là ne devaient pas servir, en effet, à donner 4000 coups sur la plante des pieds…

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

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2 Comments to “EN PERSE, LES COUPS DE BATON SUR LA PLANTE DES PIEDS”

  1. Laurent BASTARD dit :

    Petit ajout concernant les « féraches » et leurs bâtons, trouvée dans le magazine « Le Tour du monde, nouveau journal des voyages », de 1883. Jeanne Delafoy y raconte le voyage qu’elle accomplit l’année précédente en Perse et écrit : « Une multitude de férachs adossés aux premières maisons de la ville (de Saveh) se lèvent à notre approche ; ils se rangent sur deux files et prennent les devants en faisant le moulinet avec leurs gourdins afin d’éloigner la foule avide de voir de près les Européens placés en tête du cortège. « Borou » (va-t-en), « bepa » (prends garde), « khavarda » (attention), hurlent à tue-tête les hommes d’escorte. Au fur et à mesure que nous avançons, la population s’écarte respectueusement devant les bâtons… »

  2. Laurent BASTARD dit :

    La bastonnade sur la plante des pieds était aussi pratiqué chez les Turcs. Voici ce que l’on peut lire dans le conte « Le vase de Japon brisé » publié dans l’Echo du cabinet de lecture paroissial, à Montréal, en 1862. Un vase précieux a été brisé par maladresse par un jeune homme nommé Ibrahim et le sarafe (une sorte de prince) est très, très en colère contre son propre fils !
    « Daoude-Effendi donna immédiatement l’ordre à un domestique de courir chez Sémar-Bey, et de lui amener, de gré ou de force, le jeune Ibrahim.
    En attendant, le sarafe, chez qui la soif de la vengeance étouffait en ce moment la voix du sang et même le simple sentiment d’humanité, chercha à tromper son impatience en préparant les instruments d’un châtiment terrible. Il en confectionna un lui-même, dont le nom en turc m’échappe ; il se compose d’un gros bâton, long de plus d’un mètre, vers le milieu duquel est fixée une corde ou une lanière de cuir par les deux bouts ; on fait entrer les pieds du coupable entre la corde et le bâton, on place une personne à chaque bout de ce dernier, lesquelles le soulèvent en l’air en le roulant sur lui-même pour serrer les pieds le plus possible. Alors une troisième personne applique la bastonnade (plus ou moins longue et cruelle) sur la plante des pieds.
    Depuis des siècles les Turcs se servent de cet instrument pour punir plus ou moins injustement une nombreuse catégorie de fautes ou de délits. Dans certaines circonstances, cette bastonnade est appliquée avec une telle férocité que plus d’un patient est mort des suites ou même sur le coup. C’est à l’aide de cet instrument que le père corrige ses enfants mâles, et c’est par lui que le maître d’école et le professeur font monter par les pieds la sagesse et la science jusqu’au cerveau de leurs élèves.
    Pour rendre la douleur plus aiguë, le vindicatif sarafe se proposait de frapper les pieds, les mains et les autres parties du corps de sa victime, non avec un bâton, comme c’est l’habitude, mais avec un nerf de boeuf, dont les coups font des blessures plus douloureuses que celles d’un couteau ; il s’en fit apporter un bien fort et bien flexible. »

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