CHANGER L’HAJE EN BATON

L’Haje est le nom donné au cobra égyptien, serpent venimeux qui peut atteindre 4 mètres de longueur.

Dans la revue « Le Magasin pittoresque » de février 1853, p. 63, l’auteur d’un article sur « L’Haje et le serpent à lunettes » évoque l’usage qu’en font les jongleurs et charmeurs de serpents pour captiver le public et récolter quelques sous. Ils sont capables de « changer l’Haje en bâton ». Voici de quoi il s’agit :

« Non moins habiles que ceux de l’Inde, les jongleurs des bords du Nil ont sur eux cet avantage qu’ils croient eux-mêmes un peu ce qu’ils disent aux autres. (…) ils se vantent de posséder héréditairement le pouvoir de commander au serpent, et ils est de fait qu’ils savent produire des phénomènes propres à étonner non seulement le peuple ignorant de l’Egypte, mais les savants eux-mêmes de notre Europe. Ils peuvent, comme ils le disent « changer l’Haje en bâton », c’est-à-dire le rendre immobile, roide, insensible, en un mot cataleptique : fait non seulement constaté par plusieurs membres illustres de l’Institut d’Egypte, mais reproduit au Caire par l’un d’eux.

Pour « changer l’Haje en bâton », les bateleurs, dit l’un des auteurs de la grande « Description de l’Egypte », « crachent dans la gueule du serpent, le couchent par terre ; puis, comme pour lui donner un dernier ordre, lui appuient la main sur la tête… Geoffroy Saint-Hilaire, ayant été souvent, en Egypte, témoin oculaire de ces effets remarquables, crut s’apercevoir que de toutes les actions qui composent la pratique des psylles modernes, une seule était efficace. Voulant vérifier ce soupçon, il engagea un bateleur à se borner à toucher le dessus de la tête. Mais celui-ci reçut cette proposition comme celle d’un sacrilège, et se refusa, quelques offres qu’on pût lui faire, à contenter le désir qu’on lui avait témoigné. La conjecture de Geoffroy Saint-Hilaire était cependant bien fondée ; car, ayant appuyé un peu fortement le doigt sur la tête de l’Haje, il vit aussitôt se manifester tous les phénomènes, suite ordinaire de la pratique mystérieuse du bateleur. Celui-ci, à la vue d’un tel effet, crut avoir été témoin d’un prodige en même temps que d’une profanation, et il s’enfuit frappé de terreur. »

Cette observation atteste vraisemblablement que les jongleurs en question connaissaient le point cérébral, qui, pressé, plaçait le serpent en état d’immobilité.

On peut se demander si ces très anciennes pratiques n’auraient pas été à la base du récit biblique d’Aaron changeant son bâton en serpent devant le pharaon, comme le firent aussi les magiciens convoqués devant lui. Voir l’article : Le bâton d’Aaron changé en serpent et l’intéressant commentaire qui suit, d’après S. BLOCH.

L’illustration est celle de la première partie de l’article du Magasin pittoresque, publiée en janvier 1853.

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

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