Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
Bibliothèque de ressources historiques, culturelles, artistiques, litteraires, sportives…sur la canne et le bâton, en France et dans le monde…
BATONS A FEU
Categories: Bâton comme outil


Voici une nouvelle contribution au dossier des bâtons frottés pour faire du feu (voir les articles : Le bâton frotté pour faire du feu ; Bâton à feu des Australiens ; Le briquet de bois des sauvages). Elle provient de la revue « Lectures pour tous », 4e année, 5e livraison (1902) qui renferme un intéressant article intitulé « Les moyens d’éveiller le feu qui dort ». L’auteur passe en revue les procédés qui permettent d’allumer un feu sans allumettes ni briquet. En voici des extraits accompagnés de photos précises sur ces techniques qui nécessitent l’emploi de bâtons.

« La plupart des incendies sont occasionnés dans la jungle par le frottement des tiges de bambou violemment agitées par le vent. Ce phénomène qu’il voyait se produire dans les immenses forêts primitives, l’homme dut avoir la tentation de le reproduire afin d’en tirer parti. Donc il prit deux morceaux de bois et les frotta l’un contre l’autre jusqu’à ce qu’il eût obtenu une étincelle. Ce procédé est le plus rudimentaire : c’est donc celui auquel on eut d’abord recours. Il s’est perpétué jusqu’à nos jours chez les indigènes de Tahiti, des îles Sandwich et de la Nouvelle-Zélande. Il est connu sous le nom de « procédé du glissement » ou « procédé du bâton et du sillon ». Voici comment on le met en œuvre. On prend une plaque de bois creusée ; on applique dans cette rainure, suivant un angle de 45 degrés, l’extrémité d’un bâton cylindrique court et pointu, tandis que du genou on maintient à terre la plaque de bois. On frotte alors avec une vitesse croissante jusqu’à ce que le petit tas de poussière de bois, qui s’est amassé par suite du frottement au bout du sillon, prenne feu ; cette pincée de sciure en combustion est ensuite mise en contact avec un morceau d’amadou sur lequel on souffle doucement pour en faire jaillir la flamme.
Ce moyen est le moins pratique et le moins expéditif.

Un premier progrès s’accomplit avec le frottement « par rotation ». Dans la planchette de bois posée sur le sol, on a préalablement taillé une petite encoche où l’on insère perpendiculairement le bout d’un bâtonnet de bois dur ; on fait rapidement tourner ce bâtonnet entre les paumes des mains, auxquelles on imprime un vif mouvement de va-et-vient ; en même temps, on exerce une pression verticale aussi forte que possible pour donner au frottement toute sa dureté. La poussière de bois qui s’est accumulée dans une rainure longitudinale qu’on a préalablement creusée contre l’encoche deviendra alors rapidement incandescente.
Cette machine à feu est la plus généralement utilisée ; on la retrouve non seulement en Australie, en Egypte, au Kamtchatka, mais encore en Chine, dans l’Inde, chez les sauvages Védas de Ceylan et les Gauchos de l’Amérique méridionale. (…)

Un seul opérateur suffit pour obtenir du feu par le moyen que nous venons de décrire ; les Esquimaux se sont avisés d’un perfectionnement qui garantit une rapidité plus grande, mais exige le concours de deux personnes. Dans leur instrument, le bâton-pivot tourne par le mouvement d’une lanière deux fois enroulée à son centre, l’opérateur en tenant une extrémité dans chaque main. Il tire alternativement avec force l’une et l’autre extrémité et imprime ainsi une vitesse beaucoup plus considérable au bâton-pivot, qu’un aide maintient vertical au moyen d’une pierre creuse ou d’une pièce de bois servant de godet. Cet instrument est celui qui, décrit dans les Védas, sert encore aujourd’hui aux brahmines de l’Inde pour allumer le feu sacré.

Ajoutons quelques variantes du même procédé. Il peut devenir le « vilebrequin » mû à l’aide d’un archet comme le foret moderne, « l’appareil à spirale » dont la rotation est produite par le déroulement d’une corde, le procédé de la « scie » ou procédé de « Malay », ainsi appelé parce qu’il est en usage dans la péninsule de Malay. On frotte un morceau de bambou au bord aiguisé contre la surface convexe d’un autre morceau de bambou sur lequel on a préalablement taillé un léger cran. On commence doucement, le frottement s’accélère peu à peu, devient très rapide, et le bord de la scie improvisée transperce bientôt la tige. Alors, par la fente ainsi obtenue, la poussière produite par le frottement tombe en état d’incandescence, et enflamme l’amadou qu’on a placé par-dessous. »

Voici les légendes des illustrations : 1 : LE FEU OBTENU PAR LE GLISSEMENT D’UN BATON DANS UNE RAINURE. Le long d’une rainure creusée dans une pièce de bois, on frotte vigoureusement la pointe d’un bâton cylindrique ; au bout de quelques minutes, la poussière de bois produite par le frottement prend feu.

2 : PROCEDE DE LA SCIE EN USAGE DANS LA PRESQU’ILE DE MALAY. Le feu est obtenu par le frottement de deux morceaux de bambou dont l’un, au bord aiguisé, « scie » la surface convexe de l’autre.

3 : LE FEU OBTENU PAR ROTATION. LE VILEBREQUIN A FEU. La rotation rapide d’un bâtonnet de bois dur dans une encoche préalablement creusée dans une planchette produit assez de chaleur pour faire jaillir l’étincelle.

4 : LE VILEBREQUIN A FEU. APPAREIL PERFECTIONNE. Au moyen d’une lanière, on imprime plus facilement au bâton-pivot la vitesse de rotation qui déterminera l’incandescence.

5 : INSTRUMENTS A FEU RETROUVES EN EGYPTE. Au centre, le vilebrequin à archet ; à gauche, en haut, le godet de rotation, et, en bas, le stylet de bois dur ; en bas, et à droite, les pièces de bois avec les encoches où tourne le stylet.

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

Leave a Reply