Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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BATON DE CORRESPONDANCE
Categories: Bâton comme outil

Il ne s’agit pas ici d’un bâton pour écrire, mais d’un bâton qui, en soi, est un support de message et d’écriture.

Louis FIGUIER, dans « Les Merveilles de l’industrie », tome II, industries chimiques (vers 1880), p. 149-151, rapporte que :
« Avant la découverte de l’écriture et d’une matière pouvant recevoir les caractères, on en était réduit aux communications verbales. Pour transmettre une nouvelle ou un ordre, il fallait un messager. On remettait à ce messager un signe convenu, pour que le destinataire pût être certain de l’authenticité de l’avis qu’il recevait.

Quelquefois, on taillait en deux parties un bâton, et ceux qui devaient se séparer en conservaient chacun un bout. Le messager emportait un des fragments du bâton, et si ce fragment s’adaptait au bout resté en la possession de celui à qui on le présentait, foi entière devait être accordée aux paroles du porteur.

La « taille », dont se servent les boulangers, et dont une partie reste entre les mains du client, est une réminiscence de ce mode antique de correspondance. Les encoches taillées sur les deux parties de la taille, quand elles sont réunies, indiquent au boulanger, comme au consommateur, le nombre des pains livrés, et servent à établir la somme due à la fin de la quinzaine ou du mois, sans qu’il soit nécessaire de recourir à un autre mode de comptabilité. »

Nous avons déjà évoqué ce mode de correspondance (au sens propre du mot, puisque les deux morceaux de bois fendus doivent correspondre l’un à l’autre) dans l’article La coche de boulanger.
Louis Figuier poursuit son étude des supports qui ont précédé le papier en signalant l’emploi des tablettes de pierre, des coquillages, des os plats et des bâtons :
« Un procédé du même genre (que les os) existait en Europe, au moyen âge. On cite divers actes importants écrits sur des bâtons, ou sur des manches de couteau. Sur un bâton pointu, dont le manche était d’ivoire et qu’on a conservé longtemps dans les archives de l’église Notre-Dame-de-Paris, on lisait des actes de donation.

Louis le Jeune remit sur l’autel de la même église une verge ou baguette, qui contenait un acte de réparation envers les chanoines de cette métropole, pour la violation de leurs privilèges. »
L’illustration est celle d’un boulanger au XVIIIe siècle. Cette gravure figure dans Le Magasin pittoresque (« Histoire des boulangers »), tome XXV, avril 1857, p. 132. Le boulanger tient un paquet de tailles ou coches, marquées d’une entaille.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

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1 Comment to “BATON DE CORRESPONDANCE”

  1. Laurent BASTARD dit :

    Il y a d’autres exemples de bâtons utilisés jadis comme instruments pour correspondre. Nous avons signalé le 10-11-2010 le bâton d’alarme des Ecossais, brûlé à un bout et trempé dans du sang à un autre, que les gardes côtiers se hâtaient de transmettre aux autorités pour les informer de l’arrivée d’ennemis par la mer. Le bois brûlé et le sang annonçaient incendies et massacres.
    Une autre coutume est rapportée par le R.P. LESSON dans son étude sur les « Moeurs et usages des habitants de la Nouvelle-Zélande », publiée dans les Annales maritimes et coloniales de 1827 (p. 70). Il évoque les banquets des Néo-Zélandais organisés à l’issue des batailles, au cours desquels se pratiquait l’anthropophagie : « et pour n’être pas les seuls à se réjouir de la victoire, ils envoient à leurs familles des pièces du banquet ; mais, lorsque l’éloignement ne permet pas qu’elles leur parviennent sans être corrompues, ils les touchent avec un bâton sacré qu’ils envoient à leurs amis, pour qu’ils touchent aussi avec ce bâton des racines ou du poisson ; ils pensent, par ce moyen, leur transmettre la propriété et la saveur de la chair humaine. »
    Il y a là plus qu’une correspondance par un bâton, c’est un rite magique dont le bâton est l’instrument.

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