Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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CANNE A POMMEAU EN DINDON

L’un de nos correspondants nous a interrogé sur une canne originale du XIXe siècle. Longue de 93 cm, en palissandre filigrané d’argent, elle comporte un pommeau en bronze à tête de dindon, brun foncé à reflets dorés..

Le vendeur initial ajoutait que : « le dindon symbolisant le patron non compagnon ».

Ceci nous donne l’occasion de rétablir quelques vérités.

Il semble que de plus en plus le Compagnonnage soit « vendeur ». Des détails, des formes et emblèmes voisins, des figures en forme d’outils ou des formes géométriques, des formules abrégées non décryptées, et hop ! voilà l’objet, la canne en l’occurrence, qualifié de « compagnonnique ».

Il n’en est rien en ce qui concerne la présente canne et le vendeur exprime ainsi soit son ignorance du Compagnonnage soit sa volonté de présenter comme compagnonnique un objet qui ne l’est pas afin de le rendre plus attractif.

D’où vient donc ce rapprochement entre le dindon et un ouvrier non compagnon ? A notre avis, d’un objet satirique exposé au musée du Compagnonnage de Tours et reproduit dans plusieurs livres sur les chefs-d’œuvre de compagnons.

Il s’agit d’un pot à tabac, porte cigares et porte allumettes daté de 1878 et réalisé par Sylvain Villedieu, forgeron tourangeau (on ne sait pas vraiment s’il s’agissait d’un compagnon). Celui-ci était doublé d’un sculpteur sur bois et s’amusa à confectionner plusieurs pots à tabac en forme de dindon ventripotent. Il s’agirait d’une « charge » (caricature) du patron de cet ouvrier, qui l’aurait offert à ce dernier. Vexé, celui-ci le lui aurait rendu. Il faut croire que notre forgeron était obstiné car on a pu localiser deux autres dindons-pots à tabac confectionnés par Sylvain Villedieu, ce qui laisse songeur sur la véracité de l’anecdote, qui a peut-être été inventée par la suite pour donner du sens à ce bel objet.

C’est en tout cas un objet satirique, le patron étant présenté sous les traits d’un gros homme, portant une chaîne de montre sur le ventre et se pavanant comme un parvenu. Il devait apprécier de fumer un cigare. Il ne lui manque plus que le chapeau haut-de-forme.

Le problème est que, si le dindon est bien un emblème animal de la vanité et de la bêtise, il n’appartient pas au bestiaire compagnonnique. Les compagnons disent « le singe » pour désigner leur employeur ou le « goret » chez les chapeliers et cordonniers. Ils emploient d’autres mots pour désigner les apprentis (lapins chez les charpentiers, cabris chez les plâtrier), les ouvriers non-compagnons ou rivaux des compagnons (renards, bouquins, loups) et les compagnons eux-mêmes (pigeonneaux, chiens, loups, chiens-loups). Jamais le dindon.

Pour en revenir à la canne, il s’agit donc d’un bel objet à pommeau original, de même qu’il y en eut à tête de chien, de loup, d’aigle, de lion, de chat, etc.

Un visiteur du site pourrait-il nous faire part de ses découvertes en ce domaine ? Quels sont les animaux le plus souvent objets de pommeaux sculptés ?

Celui de la présente canne est-il un modèle unique ou fabriqué en série ?

Merci à Laurent Bastard pour la rédaction de cet article suite à la question de M. Georges STRAUCH.

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