Centre de Recherche sur la Canne et le Bâton
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QUAND LE BATON REFLEURIRA…
Categories: Contes et légendes

Les légendes autour de bâtons secs qui reverdissent et refleurissent sont nombreuses. Ce sont des métaphores de la vie qui triomphe de la mort, de la puissance de Dieu, de l’âme qui renaît à la vertu. Les vies des saints sont riches de ces épisodes.
En voici un, issu d’un conte populaire de Valachie, intitulé « Le rameau de la réconciliation », publié dans « Le Magasin pittoresque » de janvier 1847, p. 38-40.

Résumons ce conte long aux multiples rebondissements. Un pauvre pêcheur remonte dans son filet un petit homme noir (c’était le diable) qui lui promet la richesse contre ce qu’il y a de plus cher dans sa maison. Il accepte sans se rendre compte qu’à ce moment-là, son fils bien aimé était dans sa demeure. Le pacte est conclu pour 16 ans, passé ce délai le pêcheur doit livrer son fils au diable.
L’échéance est proche et le pêcheur raconte à son fils ce qui s’est passé. Celui-ci décide de se rendre à la porte des enfers, revêtu d’un habit religieux couvert de croix. Entre temps, il est hébergé chez des brigands et leur mère, triste de voir ce que sont devenus ses fils, lui demande, s’il échappe au diable, de faire en sorte que ses mauvais fils renoncent à leur affreuse vie.
Il se rend aux enfers, s’en fait ouvrir la porte, et les diables, voyant les croix de son habit, ne peuvent se saisir de lui. Ils abandonnent le garçon et lui rendent le pacte signé par son père.

C’est alors qu’intervient l’épisode du bâton :

« – Avant que je me retire, dit-il aux diables, apprenez-moi ce que doit faire pour expier ses crimes un homme qui a beaucoup volé et beaucoup tué.
Un des diables lui répondit : – Que cet homme plante en terre le bâton avec lequel il a commis son premier meurtre, qu’il l’arrose chaque jour avec l’eau dont il remplira sa bouche, et il pourra croire que ses crimes sont expiés lorsqu’il verra ce bâton reverdir et se couvrir de fleurs.

A ces mots, le voyageur s’éloigna, et s’en alla raconter aux brigands ce qui lui était arrivé. Comme témoignage authentique de la vérité de son récit, il montrait son parchemin noirci par la fumée de l’enfer et portant l’empreinte de la griffe du Diable. Les voleurs se moquèrent de la réponse que lui avaient faite les démons ; mais leur mère, qui voulait tout tenter pour les arracher à leur infâme conduite, détermina le plus jeune à planter son bâton en terre ; puis tous deux s’en allèrent remplir leur bouche à la source voisine, et revinrent arroser le bois desséché. Quelle fut la surprise des brigands, lorsqu’au second arrosement ils virent le bâton reverdir et pousser de petits bourgeons ! tous coururent alors à la fontaine et inondèrent d’eau la plante merveilleuse.

Bientôt de cette tige privée depuis longtemps de toute sève on vit sortir des rameaux ; sur ces rameaux des fleurs s’épanouirent, puis des pommes d’or les remplacèrent ; puis ces pommes tombèrent par terre, s’entr’ouvrirent, et de chacun de ces fruits s’échappa une colombe blanche qui prit son essor vers le ciel. A la vue d’un tel miracle, les voleurs se jetèrent à genoux, et invoquèrent avec les larmes d’un ardent repentir la clémence de Dieu. Tous, d’un commun accord, résolurent non seulement de renoncer à jamais à leurs brigandages, mais d’aller confesser publiquement leurs crimes et de se remettre entre les mains des juges. Ils se rendirent à la ville avec leur mère et le fils du pêcheur, emportant quelques rameaux et quelques pommes de leur arbre providentiel. Les juges, après avoir entendu leur récit et celui de leur jeune et pieux compagnon, leur firent grâce. Les voleurs restituèrent tous les trésors qu’ils avaient enfouis sous leur cabane, se choisirent chacun une profession, et vécurent honnêtement. »

Incroyable ce que l’on peut obtenir d’un simple bâton !

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

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