LE TAMBOUR-MAJOR DE LA FETE-DIEU EN PAYS BASQUE (1906)

La Fête-Dieu ou Fête du Saint-Sacrement, est célébrée dans la religion catholique le jeudi qui suit la Trinité et 60 jours après Pâques (Pâques étant une fête à date variable, celle de la Fête-Dieu n’a pas lieu non plus à date fixe).

Selon le « Journal des voyages » du 17 juin 1906, cette fête donnait lieu à une solennité particulière en Pays Basque. Voici quelques extraits de l’article publié dans ce numéro par Paul KAUFFMANN, où il est question d’un tambour-major et de sa canne.

« Les jeunes gens se réunissent sur la place du village et nomment les délégués qui doivent faire la quête à domicile destinée à couvrir les frais de la fête moitié religieuse, moitié païenne, du lendemain. Ces délégués vont alors revêtir leurs costumes de gala et se présentent devant chaque habitation où ils récoltent soit du numéraire, soit des offrandes en nature consistant en œufs, jambon, pâtisseries, etc.

Le lendemain vers huit heures du matin, la jeunesse masculine est sous les armes. Le cortège qui doit accompagner la procession est réuni : il s’est costumé pour la circonstance d’accoutrements bizarres qui n’ont rien de commun avec la pompe religieuse du clergé catholique.

Ce cortège se compose de quatre ou six sapeurs, d’un tambour-major, d’officiers, de porte-drapeau, de hallebardiers, de lanciers ou zouaves pontificaux, et d’une garde nationale armée de vieux fusils de chasse à un coup, qui doit fermer la marche. (…)

Le tambour-major est coiffé d’une espèce de haut bonnet de près de 0 m, 80 de hauteur, formé de paillettes et de fleurs d’or et d’argent ; il est également garni de rubans multicolores qui flottent sur son dos. (…) Sa main droite brandit une canne enrubannée aux couleurs les plus chatoyantes. (…)

Pendant que le clergé va revêtir ses ornements sacerdotaux, les processionnaires prennent leur position dans l’église. Devant le chœur, face à l’autel, le tambour-major immobile, la canne au talon. (…)

Au moment de l’élévation, les ménétriers entonnent le Magnificat à grands coups de tambour et de grosse caisse, lanciers et hallebardiers mettent le genou en terre et la garde nationale exécute deux feux de salve haute. Les sapeurs, la hache levée à hauteur de tête, restent debout, ainsi que les hallebardiers, qui présentent les armes. Les porte-drapeaux restent fixes en inclinant leurs immenses couleurs.

A cet instant, le tambour-major, raide, accompagne d’un solo de canne l’air du Magnificat ; il exécute avec celle-ci des mouvements rythmés de gestes, en tournant en mesure sur lui-même de façon à se retrouver la canne au talon, face à l’autel, en même temps que la dernière note du Magnificat. L’habileté de ce virtuose de la canne est vraiment curieuse et étonnante. »

Après la procession « il est d’usage que le curé reçoive à sa table les officiers de la procession et le tambour-major. »

« Ces cérémonies se renouvellent encore huit jours après, à l’octave de la Fête-Dieu, avec le même cérémonial. Les plus curieuses et les plus intéressantes sont celles de Bidarray et d’Ossès, entre Cambo, patrie actuelle d’Edmond Rostand, et Saint-Jean-Pied-de-Port. »

Cet article est intéressant car il montre qu’en un même temps existaient des similitudes entre les cannes de tambour-major militaire, les cannes des compagnons du tour de France, les cannes de conscrits, voire les cannes de suisses, ornées de cordelières ou de rubans.

Les gravures sont celles, recadrées, qui illustrent l’article du Journal des voyages de 1906.

Article rédigé par Laurent Bastard, merci :)

Page 1 of 2 | Next page