Archive for the ‘Canne et bâton dans l'histoire’ Category

Le Jardin Extraordinaire et la canne de bambou


2010
07.29

Angoulême est le haut lieu de la bd, ça on le savait déjà.

Par contre, quelle superbe surprise de découvrir au travers de promenade dans la ville ces murs peints, véritables oeuvres d’art à chaque coin de rue. Signées Yslaire, Zep ou Moebius… elles placent la bande dessinée et l’image au coeur de la ville.

Je vous propose de découvrir « Le Jardin Extraordinaire » – Les bambous y tiennent une place qui mérite d’être souligné sur ce site non ?

Dessinateur : Florence Cestac
Lieu : 24 bis, rue Pierre Sémard
Année : 2001 – Taille : 150 m²

FM

L’ESPADON A L’ORIGINE DU BATON D’ARMES ?


2010
07.28

Le Dictionnaire de la conversation et de la lecture, tome XXV, de 1836, donne d’intéressants commentaires à l’entrée ESPADON. Il rappelle que le mot vient de l’italien spadone, qui désigne une grosse épée maniée à deux mains ou épée d’armes. Déjà, sous Philippe le Bel, les épées à deux mains étaient connues. C’étaient des armes d’estoc, à longue lame pointue avec garde ou poignée, ayant au lieu du pommeau, un pivot qui entrait dans une virole du plastron de la cuirasse de fer plein. Ces épées étaient des sortes de lances courtes. Il existait aussi un autre genre d’épées à deux mains, ou épée de rempart, à lame à deux tranchants, arme de taille. Il y avait aussi la colismarde et la flamberge. L’espadon est encore porté par les gardes suisses à Rome, précise ce Dictionnaire de 1836.
Lequel poursuit avec le bâton, en lui donnant une origine locale, ou du moins en signalant sa pratique particulièrement dans certaines régions :
« L’exercice connu en Bretagne et à Rouen sous le nom de « jeu de bâton », ou « art du bâtonniste », et à Paris sous le nom de « jeu de canne », est une trace de l’ancien maniement de l’espadon à deux mains, quand on s’en servait à pied.
Cette escrime de l’ancien bâton d’armes, escrime plus savante qu’on ne le croit, et dont les principes sont analogues à ceux que professent les maîtres d’armes, se compose de coups presque tous doubles, accompagnés chacun de sa parade ; leur rapidité est telle qu’un bâtonniste porte ou tire plus de 100 coups à la minute. »
Voilà qui est à mettre en relation avec les propos du compagnon vitrier Jacques MENETRA, dit Parisien le Bienvenu, dans son « Journal de ma vie », rédigé à la fin du XVIIIe siècle. Il rapporte qu’étant à Carpentras vers 1760, « tous les compagnons, nous avions une passion démesurée pour apprendre l’espadon et savoir bien manier la canne. A Tours, j’avais reçu quelques leçons et nous faisions chez la Mère assaut et je leur démontrais, et cela faisait boire, ce qui ne déplaisait nullement à la Mère. » Si on apprenais à manier l’espadon et la canne, c’est que le maniement des deux armes était conjointement enseigné à cette époque.Article rédigé par Laurent Bastard. Merci 8)

LE CUDJEL PLAY, UN JEU DE BATON ANGLAIS, EN 1809


2010
07.03

ean-Baptiste GALLET fut fait prisonnier par les Anglais durant les guerres napoléoniennes. En 1809, il était cantonné à Wincanton, bénéficiant d’un régime de liberté surveillée et restreinte, sous cautionnement. Il a rapporté cet épisode de sa vie dans ses « Souvenirs d’un prisonnier de guerre en Angleterre », publiés en 1846 dans la Revue de Rouen et de la Normandie, littéraire, historique, industrielle.

Lorsqu’il aborde les coutumes anglaises, il en vient à parler du « cudjel play » ou jeu de bâton, qui se pratiquait avec une violence qui le révolta…

« Enfin, une coutume qui remonte au moins aux invasions saxonnes, si toutefois elle ne descend pas des Bretons primitifs, c’est le « cudjel play », jeu de bâton, espèce de joute qui conserve bien le caractère de barbarie des siècles anciens. Cette joute a lieu dans les fêtes publiques ; c’est un spectacle qu’on donne au peuple, et dont les Anglais, et surtout les Anglaises, sont fort avides.

Sur un théâtre en plein air s’avancent deux jouteurs, assistés d’un ou deux constables. Leur main droite est armée d’un bâton de deux pieds, et leur bras gauche garni d’un coussin, depuis l’épaule jusqu’au coude. Il faut, pour vaincre son adversaire, lui porter à la tête un coup qui fasse jaillir le sang. Il est permis de le frapper ailleurs, pour l’affaiblir et tâcher de lui faire baisser le bras gauche, derrière lequel celui-ci cache sa tête tant bien que mal ; mais il n’y a que les coups à la tête qui comptent.

Loin d’offrir les poses gracieuses et académiques de l’escrime ou les attitudes martiales et vigoureuses du pugilat, cette lutte a quelque chose d’ignoble, par la position gênée des jouteurs pour cacher leur tête derrière le bras gauche, et leur sautillement continuel pour s’élever au-dessus de l’obstacle qui leur masque la tête de leur adversaire.

Le combat débute par une poignée de main, et ce souhait mutuel : God keep your eyes, « Dieu conserve vos yeux » ; parce qu’un coup de bâton peut vous enlever un oeil. Il ne cesse que lorsqu’un des constables prononce le mot blood, « du sang » ; alors le vaincu se retire et il est remplacé par un nouveau champion ; le prix est adjugé à celui qui aura cassé le plus de têtes.
Pourrait-on croire qu’un peuple policé prenne plaisir à pareil spectacle dans le XIXe siècle ? Pourrait-on croire, surtout, que les femmes y assistent avec enthousiasme ? J’en ai pourtant entendu s’exprimer ainsi : What a noble play ! « Quel noble divertissement ! » ; « Que Billy s’est bien comporté ! Il a cassé sept têtes avant d’avoir la sienne cassée ! »
Il est aussi fait allusion à ce jeu brutal dans un roman de Fenimore COOPER (1789-1851), intitulé « Wyandotté » (1843). Michel, un Irlandais, s’entretient avec un Indien nommé Nick. Ce dernier lui dit qu’il scalpe ses victimes. L’Irlandais réplique : « On se donne souvent des passe-temps où les batailles jouent un bon rôle. Mais nous aimons à taper sur la tête et non pas à l’écorcher. – C’est votre mode ; la mienne est de scalper. Vous tapez, j’écorche. Lequel est meilleur ? – Ah ! le scalpage est une horrible opération ; mais le jeu de bâton vient nettement et naturellement. »

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :roll:

LA BAMBOCHE, UNE CANNE POUR FAIRE LA FETE ENTRE PETITES PERSONNES ?


2010
06.18

Il y a des mots dont le sens est varié, a évolué et dont l’origine est confuse. Le mot « bamboche » est de ceux-là. Reprenons la définition qu’en donnent aujourd’hui les dictionnaires. Ils nous disent qu’il est synonyme, dans le langage familier, de débauche, festin, fête, ripaille. Ils précisent que son ancienne signification était aussi celle de « marionnette de plus grande taille que les marionnettes habituelles ». Et enfin, par extension, de personne de petite taille.

On apprend aussi qu’une bamboche ou bambochade est un genre de peinture ou de gravure, représentant des scènes de rues ou de la vie populaire, sur des panneaux de petits formats. Le mot vient de ce que le peintre hollandais Peter van Laar (1613-1675), étant petit et contrefait, fut surnommé « bamboche » durant son long séjour en Italie.

Si l’on remonte un peu plus loin dans le temps pour consulter le Dictionnaire de l’Académie française, édition de 1835, on retrouve ces définitions : parties de plaisir (bamboches s’emploie alors au pluriel), grande marionnette et petite personne mal faite.

Mais on y apprend aussi que le mot bamboche a un rapport avec la canne. Le Dictionnaire indique en effet qu’ « on appelle ainsi les jeunes tiges de bambou, dont on fait des cannes. »

A l’entrée suivante, celle de « bambou », on lit qu’il s’agit d’une « espèce de roseau dont la tige s’élève à plus de soixante pieds, et qui croît dans les Indes. Porter une canne de bambou. Il se dit encore de la canne même de roseau de bambou. J’ai changé mon bambou contre une canne plus solide. »
Donc, en 1835, on faisait des cannes avec des bamboches issues du bambou, et on les appelait des bambous.

Mais en remontant au XVIIIe siècle, on disait « bamboche » pour certaines sortes de cannes. Dans le Dictionnaire étymologique de la langue française (1750), de Ménage et de ses collaborateurs, on lit, à l’article BAMBOCHE, comme premier sens : « Bâton, canne à noeuds. Les Italiens disent « bamboccia » en la même signification. Je n’en sais pas la raison. Ils disent « bamboccio », pour dire un petit enfant. »
Puis son collaborateur Huet ajoute : « Les Portugais appellent ces cannes « bambous », et ont pris ce mot des Indiens, qui les appellent « bambu », ou « mambu ».
Un peu plus loin, Ménage ajoute : « Bamboche : en la signification de « marionnette ». De l’italien « bambucchia », qui signifie la même chose ; et qui a été fait de « bambo », qui signifie « petit enfant ».
Sur la bamboche au sens de débauche, il n’est rien dit. Le mot n’était peut-être pas encore employé avec cette acception.
Tout cela a l’air à peu près clair. Il y a donc deux origines au mot bamboche : celle qui dérive de bambo, petit enfant (d’où notre français « bambin »), et qui désigne une marionnette, un petit être mal fait ainsi que le surnom donné au peintre Van Laar et à ses peintures. Et celle qui dérive de « bambou » (issu du malais), d’où « bamboche » au sens de « canne de bambou » et « bâton, canne à noeuds ».
Mais à trop vouloir rattacher les mots les uns aux autres, Le Duchat, collaborateur du Dictionnaire étymologique de 1750, embrouille tout : « Nous disons aussi « bamboche » dans la signification de certaines personnes, non pas à la vérité pour dire un petit enfant, mais une personne qui n’a pas pris de crue, en ayant été empêchée par une espèce de noeuds qu’elle avait aux jointures ; et c’est par rapport à ces noeuds qu’on l’appelle « bamboche », parce que la canne appelée « bamboche » a de ces sortes de noeuds. »
La canne était décidemment mise à toutes les sauces autrefois !

Merci à Laurent Bastard pour cet article :wink:

LE TOUR DU BATON DE MONSIEUR THIERS (1849)


2010
05.28

Le tour du bâton

Connaître le tour du bâton est une expression vieillie qui signifie « savoir subtiliser adroitement quelque chose, en tirer profit de façon malhonnête ». Quelle est son origine ?

Eman MARTIN s’est penché sur « le tour du bâton » dans son ouvrage « Origine et explications de 200 locutions et proverbes », recueil posthume paru chez Delagrave en 1888, à partir de ses articles du « Courrier de Vaugelas ». Voici ce qu’il nous en dit, p. 119-120.

« Cette expression a reçu trois explications :
1° Selon M. Littré, elle vient d’une escrime au bâton signalée en ces termes à l’historique de « Bâton » dans son grand Dictionnaire : « Un jeu que l’on nomme jeu de baston, c’est assavoir l’un à tapper ou frapper et rompre le baston de son compaignon. (Du Cange, Basto)
2° Suivant Borel, on l’a formée des mots « bas » et « ton », parce que lorsqu’on veut faire un gain injuste on ne le dit qu’à voix basse (d’un « bas ton »), à l’oreille des personnes qu’on met dans ses intérêts.
3° Enfin, d’après Moisant de Brieux, fondateur de l’Académie de Caen, et aussi, je crois, d’après La Monnoye, ladite expression est une allusion aux joueurs de passe-passe et de gobelets, qui ont d’ordinaire en main un petit bâton.
Voyons maintenant laquelle résiste le mieux aux objections qui peuvent lui être faites.
La 1ère. – Je ne vois pas du tout comment le jeu de bâton décrit dans la citation de M. Littré aurait pu donner naissance à une expression signifiant un moyen de faire subtilement disparaître quelque chose dans l’intention de se l’approprier.
La 2e. – En général, ce qu’on appelle « tour » se fait au moyen d’un objet matériel, et il n’y a jamais eu de tours, à ma connaissance, qui aient été dénommés d’après les intonations de la voix de celui qui les exécute.
La 3e. – Voilà celle que je crois la vraie. En effet, on dit « connaître le tour du bâton » pour signifier savoir subtiliser quelque chose. Or, n’est-ce pas une allusion parfaite à ce que fait le joueur de passe-passe lorsque, grâce à son petit bâton (qui lui permet de dissimuler une muscade dans sa main), il la fait passer, à son dire, d’un gobelet dans un autre, sous les yeux étonnés du public ?
Du reste, comme dans ses « Curiositez françoises », Antoine Oudin dit que « jouer des gobelets » signifie « dérober, prendre subtilement », il résulte de ce fait une équivalence de sens entre « jouer des gobelets » et « connaître le tour du bâton » qui me semble toute favorable à l’origine vers laquelle je penche. »

Les illustrations sont extraites de l’un des numéros de 1849 de la « Revue comique à l’usage des gens sérieux », magazine satirique auquel collaborèrent les meilleurs caricaturistes, dont le dessin était souvent féroce envers les hommes politiques. Elles illustrent une série de scènes intitulées « Les jongleries d’un saltimbanque » et ridiculisent Adolphe Thiers (1792-1877), dont la longue carrière politique sous différents régimes commença dans les années 1830 pour s’achever sous la Commune et la IIIe République. Thiers y est présenté comme un nabot malicieux, tenant un bâton, et exécutant le tour du même nom. Une corbeille, à ses pieds, s’est vidée de ce qu’elle contenait (Emprunt, dette flottante) tandis que le Budget se retrouve sur le nez du spectateur. C’est une allusion au passage de Thiers au ministère des finances, où il était rapporteur du budget en 1831-1832.

Le tour des gobelets

L’autre gravure nous montre Thiers exécutant le tour des gobelets avec un petit bâton ; en soulevant le gobelet marqué « Régence », il dévoile un bonnet phrygien.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Canne et bâton maréchalistes


2010
05.26

Bâton

Les hommes politiques savent user de leurs vêtements, d’accessoires, de leur taille, pour être identifiés de la population. Cela fait le bonheur des caricaturistes, depuis la petite taille de Thiers jusqu’à la grande taille de De Gaulle, mais aussi la cravate blanche de Laval, le cigare de Churchill, le chapeau noir de Mitterrand.

Certains accessoires deviennent en certaines circonstances des éléments de propagande, surtout lorsqu’ils sont déjà porteurs d’une forte charge symbolique. Ainsi, le régime de Vichy a beaucoup exploité les attributs du maréchal PETAIN : sa canne et son bâton de maréchal. La première évoquait son grand âge et la sagesse supposée des vieillards, censés rassurer la population, tandis que le bâton de maréchal qui lui avait été décerné en 1918, rappelait son passé de chef militaire durant la Grande Guerre.

Ces deux attributs conciliaient des contraires : la faiblesse et la sagesse d’un côté, la force et le courage de l’autre. La propagande en usa abondamment, par voie d’affiches et de photos.

Canne de Pétain

La première, extraite du magazine « Le Crapouillot » de 1948, montre le maréchal Pétain prenant un bain de foule, au cours duquel il tend sa canne à des enfants. Le magazine légende ironiquement : « Quand la jeunesse touchait avec ferveur son bâton de vieillesse… ».

La seconde est un détail d’une affiche de propagande incitant les Français à travailler aux champs et à l’atelier, sous l’autorité de leur chef et de son bâton de maréchal transformé en francisque. On en connaît une autre de 1941, de Pérot, sur fond bleu, où l’on voit le bâton étoilé posé sur une enclume. Le message est le même et joue sur le double sens du mot maréchal (de France) et maréchal (ferrant).

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Commentaires fermés

Combats médievaux au bâton


2010
05.26

Intitulé sobrement « Histoire des Techniques de combat au bâton », je vous conseille d’aller voir l’excellent site de notre ami, Olivier Dupuis, passionné de canne de combat, de bâton et d’escrime médiévale. Vous y découvrirez différentes analyses, présentations et traductions des anciens traités de Meyer, Talhoffer… donc du point de vue de ce que l’on pouvait trouver, au Moyen Age, en Europe occidentale, en matière de combat au bâton. Personnellement, sans être un spécialiste, je reste convaincu que le bâton était, dans la majorité des cas, une arme plutôt défensive et qui permettait de travailler les techniques d’épée à deux mains, sans mourir à la première faute …

Un autre site trés intéressant celui de The Arma (spécialisé en recherche des Arts Martiaux Médiévaux).

Beaucoup d’associations de reconstitution et de recherche – sportivo – historiques existent. Certains maîtres d’armes ou spécialistes de réglages chorégraphiques (pour le cinéma, la télé, les spectacles vivants…) utilisent de nouveau ces techniques pour des besoins de « représentation », ce qui permet, heureusement, de faire renaître ces savoirs vieux de plusieurs centaines d’années !

Voici une petite vidéo percutante, de l’approche de Hans Talhoffer (épée à deux mains).

FM

Une vie de bâton de chaise…qui a raison ?


2010
04.24

Laurent Bastard nous propose ce nouvel article…mais mais mais…je vous en propose un autre, trouvé sur le site de la BNF, qui apporte un autre éclairage :)

Voici le premier article de Laurent :

Chaise à porteur

C’est dans le spirituel et instructif ouvrage de Claude DUNETON : « La Puce à l’oreille ; les expressions populaires et leurs origines » (Stock, 1978), que l’on apprend l’origine de l’expression « mener une vie de bâton de chaise ». Voici un extrait de cette plaisante étude :
« Ce bâton qui mène une vie si agitée n’est pas comme on le dit aujourd’hui un « barreau de chaise ». En effet, il faut comprendre « chaise », non pas comme le meuble familier, mais comme l’ancêtre du taxi, la chaise à porteurs. Les bâtons étaient les deux barres de bois qui servaient, en plus des sangles, à transporter la chaise ambulante. » Cl. Duneton donne ensuite plusieurs extraits d’auteurs du XVIIe siècle qui évoquent cette chaise, apparue en 1643 en France et qui venait d’Angleterre. Mais sous des formes voisines elle existait aussi depuis l’Antiquité, en Afrique et en Asie
L’auteur poursuit : « Molière en fait arriver une sur la scène dans Les Précieuses ridicules, et, devant le refus de Mascarille de payer sa course, giflant même un des porteurs, l’autre « plus énergique, saisit un des bâtons de la chaise et sa mimique est assez expressive pour contraindre Mascarille à s’acquitter de son dû et même à y ajouter une indemnité pour le soufflet ».

Claude Duneton conclut : « Ces bâtons de chaise, ôtés, remis, pliant sous la charge et servant à l’occasion d’armes offensives et défensives, avaient en effet une existence tourmentée… Et les porteurs donc ! »

Voici un éclairage différent lié à cette fameuse expression « une vie de bâton de chaise ».

Voici ce que nous dit Roger Alexandre dans le recueil intitulé « LES MOTS QUI RESTENT » (supplément à la troisième édition du MUSEE de LA CONVERSATION », publié par Emile Bouillon, en 1903).

« Pourquoi a-t-on adopté cette expression avec le sens de vie de Polichinelle, vie agitée et désordonnnée ? C’est là un mystère que nul n’a encore pu pénétrer. On a hasardé quelques explications: on a prétendu,
par exemple, qu’il y avait là une allusion aux bâtons dont se servaient jadis les porteurs de chaises. Mais
on ne voit pas trop en quoi lesdits bâtons pourraient fournir un terme de comparaison propre à caractériser
une vie échevelée (…) Nous proposerons, à notre tour, une hypothèse qui pourrait bien nous mettre très près de la vérité.

On sait que, dès les premières années du règne de Louis-Philippe, la gaieté des parisiens, longtemps comprimée par un régime austère, sembla vouloir prendre une éclatante revanche, et passa par une sorte de
crise aiguë, qui atteignit son paroxysme à l’époque du carnaval, en 1834 et en 1835.

C’était te temps où lord Seymour, surnommé milord l’Arsouille, étonnait Paris par ses luxueuses excentri-
cités. que d’ailleurs ou se plaisait à exagérer. On se ruait aux bals Musard, qui, après avoir quitté
la salle des Variétés, et avant de pénétrer à l’Opéra, se donnaient alors rue Saint-Honoré, 359

Là, disait-on à propos de ce roi de l’orchestre, dans le Figaro du 3 mars 1835, tout obéit à ses fantaisies dépassant Rossini, il a placé le fracas dans l’orchestre; la contredanse de la chaise cassée se termine par la criaillerie de cinquante chaises brisée du même coup. Le fouet, le pistolet, le pétard, tout lui devient harmonie pour célébrer ses joies.
Cinquante chaises brisées … cela représente un assez joli total de bâtons, dont l’existence, au milieu de cette cohue en délire, devait offrir un parfait modéle de désordre et d’agitation, bien digne de rester proverbial.  »

L’auteur d’ajouter « Sans nous exagérer ta valeur de cette hypothèse, qui s’appuie sur un fait certain, nous la croyons préférable à celles qui ont été proposées jusqu’ici. »

A vous de faire votre choix ! FM

Un sceptre parodique : la marotte des fous


2010
04.24

Evêque des fous

Nous avons vu plus haut qu’un attribut honorifique (Du bâton au sceptre) pouvait avoir sa correspondance inversée (Le roseau du Christ, un sceptre parodique).

Un autre exemple nous en est donné par la marotte des fous.

Fous jouant

Il s’agissait d’un bâton sur lequel était fixée une tête grotesque, couverte d’un capuchon coloré et de grelots. Au Moyen Age, lors des réjouissances du carnaval, le peuple ridiculisait les institutions, y compris l’Eglise, avec l’accord des autorités. Ces moments de liesse et de débauche duraient plusieurs semaines.
On élisait un roi, un évêque et parfois un pape des fous (à Chartres on l’appelait le « papi-fol ») qui conduisaient une procession et des cérémonies parodiques. A Dijon, le Prince des Sots dirigeait une escouade et portait une marotte faite de chiffons noircis à la cheminée ou au four ; chaque femme qui entrait pour le marché était obligée de baiser cette marotte noircie, qu’on appelait « Saint-Souffrant », ou de mettre dans le bassin quelques pièces de monnaie.
La fête des fous finit par prendre fin au XVIIe siècle, parfois plus tard encore dans certaines villes, car l’Eglise appréciait de moins en moins ces périodes de débauche.
Les princes et les rois de l’Ancien Régime avaient aussi leur fou ou bouffon. Vêtus de couleurs vives, souvent de jaune et de vert, ils étaient destinés à les amuser et à dire ce que personne n’osait exprimer devant le monarque. L’un des plus célèbres fut TRIBOULET, sous les règnes de Louis XII et de François Ier.

Triboulet

On rapporte de lui ce trait d’esprit : « Un grand seigneur avait menacé Triboulet de le faire périr sous le bâton, pour avoir parlé de lui avec irrévérence. Le fou va s’en plaindre au roi. – « Ne crains rien, lui répond le monarque ; si quelqu’un osait te faire subir un traitement pareil, je le ferai pendre un quart d’heure après ta mort. -Ah ! cousin, aurait répliqué le fou, grand merci vous dirais, s’il vous agréait plutôt de le faire pendre un quart d’heure avant. »
(d’après le Docteur Augustin CABANèS : Moeurs intimes du passé, troisième série ; Paris, Albin Michel, vers 1925)

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

Bâton de lancer


2010
04.21

Lorsqu’on parler de bâtons de lancer, on a tendance à penser aux bâtons servant à chasser ou aux bâtons de jet (comme le boomerang). En France, sur l’un de nos grands sites d’archéologie, dans le Jura, on a retrouvé à Chalain, des bâtons de jet (servant à la chasse) vieux de 5000 ans !

Chalain

Il est amusant de retrouver le boomerang en Europe vers 1770 lorsque l’Angleterre revendiqua l’Australie et que le Capitaine Cook rencontra les Turuwals qui utilisaient cet objet en criant « Boom ma rang ! » ce qui veut dire « revient bâton » ! D’autres sources précisent que Boomerang se dit « boomari », qui signifie vent. Les aborigènes utilisaient différents bâtons pour la chasse (on parlera de killing sticks – bâtons faiblement incurvés et relativement lourds), ou pour des jeux d’adresse (là, ce sont les fameux boomerangs).

Ces objets souvent en bois, ont forcément mal vécu le passage du temps (comme les baguettes chinoises dont nous avons déjà parlé), mais on peut penser que les boomerangs se sont trouvés dans les mains de différents peuples, sur toute la planète ! Le plus ancien, taillé dans une défense de mamouth a été retrouvé en Pologne (datation, environ 23000 ans)…

mais il existe d’autres types de bâton de lancer !

Nous trouvons, sur le site du Musée du Louvre cette intéressante définition « Les bâtons de lancer font partie des accessoires des jeux de parcours ; ils servent à déterminer l’avance des pions à une époque où les dés et les osselets sont encore inconnus. Lorsque ceux-ci arrivent en Égypte, importés du Proche-Orient, les bâtons ne disparaissent pas pour autant ; les trois types d’objets coexistent sans que l’on sache vraiment s’ils sont, ou non, associés chacun à un jeu déterminé. »

 » Bâton de lancer

Le site du Louvre, sous la plume de Marie-Noël Bellessort nous rappelle que « Les premiers bâtons, retrouvés en contexte funéraire, datent de l’époque prédynastique. On peut les associer aux jeux et aux pions ; une tombe de Saqqara de la 1ere dynastie a livré tout un ensemble d’accessoires dans une enveloppe de roseau tressée comprenant une quarantaine de billes, six lions et lionnes, deux séries de sept pions et onze bâtons de lancer.  » La suite ici

Alors, oui, les dés ont remplacés les bâtonnet de jet, dans les jeux, mais il subsiste encore en 2010 des jeux de parcours les utilisant (par exemple, en Afrique du Nord, les « sîg » sont des jeux utilisant des bâtonnets bifaces, au Proche-Orient (les « tâb »), au Maghreb ou en Mauritanie (source T. DEPAULIS, JEUX DE PARCOURS DU MONDE ARABO-MUSULMAN).

Le combat judiciaire au bâton


2010
04.16

Au Moyen Age, lorsqu’un différend ne trouvait pas d’issue, chacune des parties revendiquant la vérité, on avait recours à des « preuves » dont l’efficacité était incertaine. Le serment fut l’une d’elle, l’ordalie une autre (l’accusé devait, par exemple, saisir et transporter une barre de fer rougie au feu sans que sa main soit brûlée !). Le duel judiciaire en était encore une autre.

Ce type de combat fut institué par le roi Gondebaud vers le Ve siècle, d’abord en matière criminelle puis en matière civile, malgré l’opposition de l’Eglise. Charlemagne le substitua au serment. On pouvait louer un champion qui combattait à la place du plaignant.

La revue « Le Musée des familles » , dans son numéro de février 1837 (p. 155-156), indique que : « Charlemagne voulut qu’on ne pût combattre qu’avec le bâton ; mais Louis-le-Débonnaire permit de se servir d’armes, et le bâton fut laissé aux vilains. Les gentilshommes se battaient entre eux à cheval, mais les vilains ne pouvant se battre qu’avec un bâton, « il s’ensuivit, dit Montesquieu, que le bâton fut l’instrument des outrages, parce que celui qui en avait été battu, avait été traité comme un vilain. Les vilains seuls, combattant à visage découvert, pouvaient seuls recevoir des coups sur la face ; de là un soufflet devint une injure sanglante, car celui qui l’avait reçu avait été traité en vilain. »

Quand un gentilhomme appelait un vilain, il devait se présenter à pied avec l’écu et le bâton ; s’il venait à cheval avec les armes d’un gentilhomme, on lui ôtait son cheval et ses armes ; il restait en chemise et était obligé de combattre en cet état contre le vilain. (…) Le jour du combat fixé, les champions étaient amenés en l’audience, devant le juge, après midi, tous appareillés en leurs cuirées ou en leurs côtes, avec leurs écus et leurs bâtons cornus, armés de drap, de cuir, de laine et d’étoupes. La laine ou les étoupes servaient à garantir les jambes, le drap ou le cuir à donner plus de facilité pour manier le bâton. Chaque combattant devait avoir les cheveux coupés jusqu’au-dessus des oreilles. Ils pouvaient s’oindre, pour donner plus de souplesse à leurs membres.

On les menait ensuite aux champs, où des chevaliers, nommés par le juge, étaient préposés pour régler la bataille. Un sergent déclarait alors à haute voix : « Qu’aucun des spectateurs, sur vie et membre, ne fût si hardi que de donner aide ni nuisance, par fait ou par dit, aux champions. » Si l’on violait cette défense, que l’on nommait paix du roi ou du seigneur (c’est peut-être de là qu’est venue la paix des huissiers), on était condamné à payer vingt vaches d’amende ; quelquefois la peine infligée était toute corporelle, et si la victoire était décidée par le fait de l’intervenant, celui-ci était puni de mort.

Avant d’engager la lutte, les champions se tenant par la main, le plaignant à droite, l’accusé à gauche, s’agenouillaient ; on leur demandait alors leurs noms de baptême, s’ils croyaient à Dieu le père, au Fils, au Saint-Esprit, à la doctrine de la Sainte-Eglise. L’accusé prenait ensuite les saints à témoin de son innocence ; l’autre champion persistait dans son accusation, et recevait un nouveau démenti. Les parties faisaient serment qu’elles n’avaient aucun sortilège qui pût les aider ou nuire à l’ adversaire ; puis on leur donnait le bouclier et le bâton, et elles engageaient le combat.
Le champion qui succombait avait tort, et était aussitôt déclaré imposteur. »
Le combat judiciaire fut aboli par Philippe le Bel en 1303.

Article rédigé par Laurent Bastard. Merci :)

L’autoportrait à la canne


2010
04.07

En marge de l’exposition sur les Vanités au Musée Maillol (Paris, jusqu’au 28 juin 2010) intitulée « C’est la vie! Vanités de Caravage à Damien Hirst », et suite à l’article rédigé sur ce site par Laurent Bastard à propos de la canne comme emblème des vanités , je vous propose cet étrange autoportrait de Robert MapplethorpeAutoportrait

Vous trouverez une présentation de cette exposition sur Les Vanités ici

FM

Le bâton noueux de Louis d’Orléans


2010
04.04

Une querelle se résout parfois au bâton, même dans la plus haute noblesse : au sein de la maison royale de France. Mais par armoirie interposée… C’est ainsi qu’au début du XVe siècle, deux princes, Louis, frère cadet de Charles VI et duc d’Orléans, et son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne, entament un curieux combat de blason exposant aux yeux de tous le peu d’estime et de sympathie qu’il se portent.

Extrait des Heures de Boucicaut

Extrait des Heures de Boucicaut


Alors que l’intrépide Bourguignon ajoutait l’ortie à ses armes, son royal rival ajouta le bâton noueux aux siennes (destiné dans les campagnes à battre l’urticante plante) et la devise « Je l’ennuie ». De fait, tout deux étaient en lutte pour prendre le pouvoir alors que le roi avait des « absence » et Louis avait pris un certain avantage dans cette course… Son cousin ne désarma pas et, pour contrer le bâton noueux, adopta le rabot comme symbole –accompagné des mots « Je le tiens ». Bijoux, vêtements, enluminures, tous les supports étaient bons pour afficher leur haine. Quelques années plus tard, sortant du cadre de la querelle « courtoise », le conflit entre les Orléans-Armagnac et les Bourguignon allait diviser et ruiner le pays…

Article proposé par Emilie Rauscher. Merci :)

L’incroyable collection de cannes de Toutankhamon


2010
04.01

Toutankhamon

Le bâton et la canne sont fréquemment retrouvés dans l’iconographie égyptienne pharaonique : sur les fresques peintes ou les bas-reliefs, sur les coffres en marqueterie, sur les bijoux d’or… Et sa présence n’est jamais anodine : il peut être un symbole de force ou de puissance, être utilisé lors de rituel, être brandi par pharaon pour écarter ennemis ou papyrus et ainsi protéger et guider les siens ; il peut encore être arboré par des dignitaires pour témoigner de leur statut social élevé.

Vers l’an 1324 av. J.-C., Toutankhamon lui-même a été inhumé avec pas moins de 130 cannes en or, en bois précieux, sculptées ou ornées de pierres ou de nacre… ! Une collection d’une ampleur inédite qui allait stupéfier 3500 ans plus tard, en 1922, l’égyptologue John Carter qui la redécouvrait. Beaucoup devait être des cannes d’apparat, mais plusieurs portaient des traces d’usure, montrant bien qu’elles avaient servi. Mais jusqu’à il y a peu, il n’y avait pas vraiment d’explication à cette accumulation d’autant plus surprenante que le pharaon est mort jeune : a à peine 19 ans. L’hypothèse qui faisait de lui un guerrier redoutable avait été proposée, mais sans convaincre les spécialistes.

C’est l’étude complète de sa momie, publiée début 2010, qui a suggéré une explication à cette énigme… De santé fragile, les pieds déformés et abimés par une maladie osseuse douloureuse, qui plus est victime peu de temps avant sa mort d’une fracture de la jambe, Toutankhamon y aurait eu recours tout simplement pour marcher.

Cet article a été rédigé par Emilie Rauscher. Merci Emilie :)

Les baguettes chinoises


2010
03.23

Baguette

A première vue, les baguettes sont des ustensiles de table ordinaires et simples. En y regardant de plus prés, on découvre que ces 2 bâtonnets maniés avec le pouce, l’index et le majeur, reflètent une partie de l’immense culture de la grande nation multimillénaire chinoise.

Les kuaizi étaient autrefois appelées zhu (le caractère pictographique se composait d’un radical haut signifiant « bambou » et d’un élément phonétique précisant qu’il s’agissait d’un « ustensile permettant de cuisiner les aliments » – notons que cet élément phonétique pris plus tard le sens de « aide »).

Les premières baguettes furent utilisées en Chine au XI siècle avant J.C. Le livre HAN FEIZI relate l’histoire du roi Zhou (1075 – 1046 av. J.C.), dernier souverain de la dynastie SHANG, qui aurait utilisé des baguettes en ivoire pour ses repas. Bien que certains historiens en doutent (car on ne trouvait pas d’éléphants, à cette époque, dans la région dans laquelle vivait Zhou, région dénomée Plaine Centrale, mais plutôt dans la province du Yunnan), il aura fallu attendre des fouilles archéologiques récentes pour coroborrer cette hypothèse… En effet, on a trouvé des JIAGUWEN (inscriptions sur les carapaces de tortues ou os d’animaux), datées de l’époque de la dynastie Shang. Sur ces JIAGUWEN furent découverts différents caractères « éléphant » et « capture d’éléphants » !

On peut tout de même s’interroger sur le processus complexe qui a abouti à la création de baguettes en ivoire…sans parler du pouvoir qu’un empeureur capable de telle prouesse pouvait avoir !

Personnellement, je préfère la légende populaire qui raconte comment, à l’époque de la Dynastie Xia (2070 – 1600 av. J.C.), Yu le Grand fut chargé d’une mission pour dompter les eaux du fleuve. La tâche était si rude que lui et ses hommes mangeaient dehors et furent contraints d’utiliser des branches d’arbre pour attraper les morceaux de viande dans leur soupe bouillante ! Ces branches furent les premières baguettes !

Malheureusement, les premières baguettes, en bambou ou en bois n’ont pas traversé les âges et seules les baguettes en matière précieuse ou en métaux sont retrouvées au hasard de fouilles…

Les branches de bois prirent leur forme de bâtonnets de 18 cm au début de la dynastie Shang.

On trouve des baguettes de taille exceptionnelle, comme cela est le cas pour les baguettes créées à l’occasion des 10 ans de la Salle de la Baguette du Musée des Arts Folkloriques de Shangai, en 1998…et d’une taille de 1,998 mètre ! pour 7,5 kg !!

Je vous invite à découvrir l’Art des Baguettes Chinoises, dans le livre de M. LIAN XIANG – livre traduit par Zhang Yongzhao – ISBN 978-7-119-04394-4 Editions en Langues étrangères – Distribué par la Société chinoise du Commerce international du Livre